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Afrique : le changement climatique ne fait pas de cadeaux aux grandes villes

Afrique-Environnement
Les menaces liées au changement climatique ne sont pas seulement d’ordre environnemental. Le risque financier pèse de plus en plus sur l’avenir des villes africaines qui s’urbanisent beaucoup trop vite.

Voilà un rapport publié ce mercredi 14 novembre par le cabinet Verisk Maplecroft et l’ONU et qui n’y va pas par quatre chemins. Intitulé « Index de vulnérabilité au changement climatique 2018 », il pointe du doigt plus de deux tiers des villes africaines qui auront fort à faire dans les prochaines années pour lutter contre les effets du réchauffement climatique. Bangui, Monrovia, Kinshasa, Lagos, Dar es-Salaam, Luanda : depuis le début du siècle, la population urbaine en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 200 millions de personnes. En raison de cette hausse, les menaces liées au changement climatique font peser un risque jugé « extrême », d’après ce rapport. De manière significative, 79 capitales sont classées « risque extrême ».

En substance, les populations en croissance rapide agissent comme « un catalyseur de risque dans les villes à faible revenu avec une infrastructure publique médiocre et des mécanismes de réponse aux catastrophes inadéquats », avec davantage de personnes exerçant une pression sur des ressources limitées.

Quelles pourraient être les conséquences du changement climatique dans les villes à forte croissance ?

Les dommages aux infrastructures, aux biens causés par les cyclones tropicaux ou les inondations font partie des impacts les plus évidents, mais les perturbations potentielles causées par les menaces secondaires de maladie et l’augmentation de la criminalité et des troubles civils ne doivent pas être ignorées. La sécheresse, les mauvaises récoltes et l’instabilité provoquée par le changement climatique peuvent également aggraver les risques en poussant un nombre encore plus grand de personnes vers les villes par le biais de la migration transfrontalière et rurale.


Dans son étude, le cabinet britannique utilise une cinquantaine de données existantes allant des modèles climatiques aux facteurs économiques, en passant par les projections démographiques. Le rapport « évalue la capacité à résister aux chocs climatiques et c’est cela qui fait que les villes africaines sont plus à risque que le reste du monde », a commenté Niall Smith, analyste chez Verisk Maplecroft, cité par l’Agence France-Presse.

Quelles sont les villes en première ligne ?

Huit villes africaines figurent au total parmi les dix le plus à risque, dont Kinshasa, où les 13,2 millions d’habitants sont déjà régulièrement victimes, notamment, d’inondations. Et avec la hausse de la population estimée à 26,7 millions d’ici à 2035, les perturbations liées aux événements météo risquent d’augmenter. Ainsi, la capitale centrafricaine Bangui, la capitale du Liberia Monrovia et Mbuji-Mayi en République démocratique du Congo sont les trois villes le plus à risque.

Il y a encore peu des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays vivaient sous les décombres d’avions légers au camp de personnes déplacées de Mpoko à Bangui. © AFP / Gianluigi Guercia

 

Kinshasa et ses 13 millions d’habitants…

Kinshasa est l’une de ces villes qui comptent environ 13 millions d’habitants, mais ce chiffre devrait doubler d’ici à 2035. La ville est exposée aux chocs météorologiques, notamment aux inondations, ainsi qu’à des pressions climatiques plus lentes, telles que la sécheresse dans les zones environnantes, qui pourraient entraîner les agriculteurs pauvres dans la ville tout en perturbant les approvisionnements en eau et en nourriture, a noté l’analyse. Elle et d’autres villes africaines restent extrêmement exposées puisqu’elles cumulent aussi des taux de pauvreté élevés, elles comptent des bidonvilles en expansion, une gouvernance faible et une capacité limitée à s’adapter aux changements climatiques, ont déclaré des chercheurs. « La hausse de la population urbaine à cette allure va sans aucun doute intensifier le profil de risque déjà alarmant de la ville », selon les auteurs, qui pointent du doigt les problèmes auxquels font déjà face les mégalopoles africaines, comme le manque d’accès à l’eau potable ou l’habitat. D’ici 2050, le continent pourrait héberger jusqu’à 15 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants. Même l’Égypte, très urbanisée, pourrait voir sa population urbaine doubler d’ici à 2050. Cette population urbaine sera relativement jeune. Avec des taux de croissance démographique prévus supérieurs à 2 %, l’âge médian continuera de baisser par rapport aux 19,7 ans actuels.

… mais aussi Luanda

Prenez Luanda, la capitale de l’Angola : c’est la plus grande ville du pays, avec plus de 6,9 millions d’habitants, alors que la moyenne d’âge de la population n’est que de 20,6 ans. Parmi les grandes capitales du monde, Luanda a acquis ces dernières années la réputation d’être parmi les villes les plus chères. Le port de la ville est une porte d’exportation pour le pétrole, les diamants, le minerai de fer et les produits de la pêche. La population devrait atteindre 8 millions d’habitants d’ici à 2025.

Trente années de guerre en Angola ont poussé un grand nombre de personnes des régions intérieures touchées par le conflit vers les villes côtières. © AFP / Michael Runkel

 

Mais sa population a explosé après la fin de la guerre civile angolaise, riche en pétrole, en 2002, le gouvernement a construit de nouveaux logements pour les communautés pauvres des bidonvilles dans le but de leur fournir de l’eau courante, des installations sanitaires et de l’électricité, mais il ne peut répondre à la demande, a déclaré le ministre du Logement, Ana Paula Chantre Luna de Carvalho. « Le plus gros problème que nous ayons, ce sont les contraintes financières », a-t-elle déclaré à la Fondation Thomson Reuters en marge d’une conférence sur les villes intelligentes à Barcelone. Luanda doit faire face à des niveaux de chaleur élevés ainsi qu’à des pénuries d’eau.

Le risque financier s’accroît

Verisk Maplecroft va plus loin en mettant l’accent sur les conséquences économiques que pourrait avoir le changement climatique sur la croissance des villes africaines. Le cabinet, avec l’aide des prévisions du Fonds monétaire international, a estimé les niveaux de risque financier pour les villes durant les cinq prochaines années. Sur cette mesure, il en coûtera à Lagos, capitale économique du Nigeria, 128,5 milliards de dollars, ou encore 69 milliards de dollars à la ville d’Addis-Abeba en Éthiopie.

Au niveau national, le Fonds monétaire international estime que 8 des 10 économies ayant la plus forte croissance entre 2018 et 2023 seront des pays africains. À mesure que les effets du changement climatique se feront sentir, les entreprises qui investissent sur ces marchés pourraient faire face à un ensemble de risques coûteux. Le montant du PIB des pays africains exposés au « risque extrême » passera de 895 milliards de dollars en 2018 à 1397 milliards en 2023. Cela représente 48 % du PIB total du continent.

Un risque climatique que les entreprises devront prendre en compte

« Les entreprises opérant dans les mégapoles doivent comprendre les risques physiques à court, moyen et long terme », a déclaré Richard Hewston, analyste principal en changements climatiques et environnement. « Ils doivent travailler pour renforcer leur résilience face aux chocs climatiques, non seulement pour protéger leurs actifs et leurs employés, mais également pour satisfaire les investisseurs qui prennent de plus en plus en compte le risque climatique dans leur processus d’investissement. »

lepoint.fr

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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