in , ,

« En Afrique, les paysans qui pratiquent l’agroécologie résistent mieux au changement climatique »

agriculture-agroecologie
A young woman picks vegetables from an agricultural garden in a field where the Catholic Organisation CARITAS provides counselling to the farmers affected by the recent cyclones, in Tica, near Beira on August 21, 2019. - Pope Francis is scheduled to visit Mozambique, Madagascar and Mauritius in a pastoral visit from September 4th to September 10th. (Photo by MARCO LONGARI / AFP)

LE RENDEZ-VOUS DES IDÉES. Pour l’agroéconomiste Coumba Sow, les savoirs traditionnels doivent être utilisés en complément des connaissances scientifiques pour garantir la sécurité alimentaire.

Coordonnatrice régionale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agroéconomiste sénégalaise Coumba Sow œuvre à l’amélioration des moyens d’existence de populations dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle est régulièrement menacée, en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Son expérience intercontinentale l’a amenée à comprendre à quel point la revalorisation des savoirs et des savoir-faire traditionnels est fondamentale dans la mise en place de solutions pérennes. Outre son apport technique, elle travaille sur la résilience en permettant à des populations vulnérables de « recouvrer l’estime de soi et de restaurer leur dignité ». De victimes, elle veut les transformer en acteurs de leurs solutions, a-t-elle expliqué lors des Ateliers de la pensée, qui se sont tenus à Dakar du 30 octobre au 2 novembre.

Peut-on apporter des bribes de réponses aux effets sur l’Afrique du changement climatique ?

Il faut combiner les interventions pour réagir aux urgences humanitaires, certes, mais également renforcer la résilience des populations vulnérabilisées par les changements climatiques et les conflits – les deux phénomènes se nourrissant parfois l’un l’autre – et créer des conditions du développement. C’est ce que nous promouvons à la FAO. Pour cela, il est important que les problèmes environnementaux et sociaux soient pris en compte dès la conception des politiques publiques, pour permettre aux communautés rurales d’être non seulement consultées mais actrices de ces politiques. Elles ne doivent plus être considérées comme des victimes passives des effets du changement climatique, d’autant plus que ce sont ces communautés qui émettent le moins de gaz à effet de serre !

Vous rappelez qu’à la fin des années 1970, la situation dans le nord-est du Brésil était semblable à celle du Sahel et que le Brésil a réussi à résorber les famines et à faire sortir 40 millions de personnes de la pauvreté. Les solutions brésiliennes pourraient-elles être appliquées au Sahel ?

Plusieurs gouvernements africains, comme le Sénégal avec la bourse de sécurité familiale ou le Niger avec l’initiative 3N [les Nigériens nourrissent les Nigériens], ont adopté des programmes pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en utilisant l’approche « Faim Zéro » du Brésil. Il s’agit d’adapter une solution qui a marché ailleurs en s’appuyant sur les connaissances endogènes et locales spécifiques à chaque pays. Au Sahel, par exemple, la gestion efficace et durable des ressources en eau est plus que jamais une priorité. La FAO s’est inspirée du Brésil, qui a construit 1,3 million de citernes bénéficiant à plus de 12 millions de personnes, pour mettre en œuvre l’initiative « 1 million de citernes pour le Sahel » afin de faciliter la collecte et le stockage d’eau pluviale. D’ailleurs, depuis le Néolithique, les eaux de pluie sont récupérées via la construction et l’utilisation de citernes.

Il faudrait donc revaloriser ces savoir-faire traditionnels ?

Oui, car la connaissance des phénomènes naturels par les populations leur donne la capacité de prédire les événements saisonniers. Par exemple, les pasteurs sahéliens peuls, transhumants, utilisent leur propre calendrier et distinguent jusqu’à cinq saisons ; ce qui leur permet une meilleure compréhension des risques. Autre exemple : Yacouba Sawadogo, au Burkina Faso, a eu recours dès 1980 à une technique ancestrale, le zaï, qui consiste à utiliser des cordons de pierres pour empêcher le ruissellement des eaux, mais aussi les rigoles que creusent les termites pour récupérer l’eau. Et en procédant ainsi, il a gagné des dizaines de milliers d’hectares sur le désert du Sahara.

Est-ce suffisant ?

Non, bien évidemment. Cela doit être utilisé en complément des savoirs scientifiques. Il est certain que la résilience climatique des systèmes ou des personnes vulnérables ne peut en aucun cas être l’apanage des populations rurales. Il faut combiner différents types de réponses et développer une approche holistique visant un développement économique, environnemental et social.

Le Brésil a également encouragé l’utilisation de semences traditionnelles. Est-ce une solution pour l’Afrique ?

Les cultures traditionnelles sont particulièrement utiles, car elles sont adaptées au climat et survivent aux inondations ou aux sécheresses. Mais l’un des problèmes majeurs de l’agriculture en Afrique, c’est l’absence de système semencier fonctionnel prenant en compte ces semences locales. Récemment en Gambie, la FAO a assisté le gouvernement pour donner accès aux semences locales d’arachide, de niébé, de maïs ou de riz à plus de 10 000 agriculteurs souffrant d’insécurité alimentaire sévère. C’est aussi une manière de soutenir l’économie locale.

Où en est l’approche écologique en Afrique ?

L’Afrique a compris ce que signifie produire mieux et plus sans détruire l’environnement, mais aussi que le développement agricole est l’une des solutions aux défis socio-économiques et de santé publique. Sur le continent, l’agroécologie – qui intègre les savoirs et les savoir-faire traditionnels à la recherche scientifique comme l’agronomie, l’économie et la sociologie – aide à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles. Il ressort de nombreuses études que les petits paysans qui observent les pratiques agroécologiques non seulement résistent mieux, mais encore se préparent mieux au changement climatique en réduisant au maximum les pertes de récoltes entraînées par les sécheresses. Ils améliorent ainsi leurs revenus. Même si le terme d’écologie est relativement récent sur le continent, il ne s’agit en rien d’un phénomène nouveau et expérimental. L’agroécologie a déjà pleinement fait ses preuves : traditionnellement, l’humanité cultive la terre selon les principes écologiques que met en avant l’agroécologie et qui sont profondément ancrés dans de nombreuses pratiques agricoles indigènes.

Chaque dimanche, le rendez-vous des idées du « Monde Afrique »

Le Monde Afrique vous propose un rendez-vous, tous les dimanches, consacré au débat d’idées sur le continent et dans ses diasporas. Un regard singulier qui prendra la forme d’un entretien, d’un portrait, d’une tribune ou d’une analyse : c’est « le rendez-vous des idées ».

 

 

 

 

lemonde.fr

Abdourahmane

Written by Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

programme de mobilité/Informaticien et Conservateur des bibliothèques/sociolinguiste/cadre comptable supérieur/ENSA Thiès/ESP-Département Génie Civil/UAM/agents gestionnaires/Edeque 2019-2020/Subventions de coopérabilité RSIF/Isep de Bignona/prix COMSTECH 2019/MIT-IMPERIAL SEED FUND/concours SMSI/dossiers d'admission en thèse/IPDSR/informatique de la FST/Prix Abdoulaye FADIGA /étudiants en Master/chargé du suivi des Projets/master Ingenierie Mathematique/Concours EISMV/conservateur de la bibliothèque/programme Science by Women/UCAD-IFAN /attaché d'administration/Sciences et Technologies de l’Espace/bourses pour doctorants/Formation des SG des Universités/OIAC/postes à l'UFR SEG/ISEP-Thiès/recrutement de deux agents/Concepteur de circuit touristique/Chargé de projets/gouvernement des Iles Canaries/Enseignant chercheur Sciences de Gestion/U-Thiès-Appel à candidatures/Agence comptable/recrutement IRD /bourse de mobilité intra africaine/candidature pour le recrutement d’un Ingénieur/chercheurs émergents /postes de PATS/UNESCO KALINGA /Bourses de soutien UEMOA 2019- 2020/Appel à projet/Ucad Fm/AgroWork/Fondation Konrad Adenauer lance un projet dénommé Académie Adenauer. C’est un programme de fFondation Konrad Adenauer/Enseignant-chercheur en Documentation/postes d'enseignants/APPEL A PROJETS 2019/IFAN-UCAD/plusieurs Enseignants-Chercheurs/ICT 2019/assistant de scolarité/secrétaire de division/recrutement d'un chauffeur/Contrôleur interne et Agent de courrier/comptable et de deux Comptables/chercheur en islamologie/Prix aux meilleures thèses/bourses d’exemption offerte par le Quebec/département de Biologie végétale/pse-j/génie chimique/APPRENDRE/Le Ministère fédéral de l‘éducation et de la recherche organise pour la deuxième fois le Prix germano-africain d’encouragement à l’innovation, une action destinée à rendre hommage à des chercheuses et chercheurs africain(e)s pour leur recherche d’excellence à fort potentiel d’utilisation pratique. Le prix sera décerné à une chercheuse/un chercheur africain(e) ainsi qu’au partenaire allemand avec lequel elle/il coopère. Télécharger l’avis Le prix finance des projets coopératif qui traitent de préférence un ou plusieurs des thèmes prioritaires ci-dessous : Sciences environnementales Recherche en santé Bioéconomie Développement social (en particulier les pratiques de responsabilité sociale des entreprises, les innovations sociales, les modèles de développement durable) Gestion des ressourcePrix germano-africain /IUPA/ISEP de Thiès/IGNEUF/meilleures thèses des Écoles doctorales/recrutement de personnel/Transmission de Données et Sécurité de l'Information/URICA-UCAD/Poste d’enseignant-chercheur/Poste de Directeur/Institut de la Gouvernance Territoriale/agent des finances/recrutement de médecins/Management du sport/poste de Comptable/bourses offertes par le Japon/IST-test d'admission 2018/ISAE/Prix UNESCO/Bangladesh /concours français et sciences/chercheur en Histoire/Master Sciences et Technologies de l’Espace/programme du Golfe Arabique pour le développement/CIAQ/Prix Fayed/projets de recherche partenariale-2018/Bourses de l’OWSD/technicien supérieur/enseignants-chercheurs/CIFRES/Appel à projets de recherche/étudiants/chercheurs sénégalais/assistant administratif/Multimedia University/Programme Malaisien de Coopération Technique/Bourses de la Turquie/Ressources humaines/responsable financier/recrutement d'agents/UCAD-ED-PCSTUI/CODESRIA-MRI 2018/CODESRIA-MRI 2018/UIT/chercheur en littérature africaine orale/comptable/formation destiné aux étudiants/bourses d'études en Master et en Doctorat/Comptable et de DAAF/Recrutement assistants enseignants-chercheurs/recrutement d'un enseignant/L’Université de Thiès recrute pour le compte de l’Institut Supérieur de Formation Agricole etISFAR/bourses de recherche offertes par l’Autriche/Bourses de la coopération française/FSJP recrute/Appel à candidatures pour l’élaboration d’un plan stratégique de l’IPDSR/Appel à candidatures pour la sélection d'étudiants en Master/Appel à candidatures pour le recrutement de deux assistants/Appel à candidatures pour le recrutement d'étudiants/Prix de la Fédération des Universités du Monde islamique/Appel pour un Master en Nutrition et Alimentation humaine/Appel à candidatures pour le recrutement/Recrutement d'un administrateur de projet/Recrutement Employé Administration universitaire et Agent de service/Thaïland International Postgraduate Programme/Recrutement chauffeur et agent de service/Recrutement chargé communication et Responsable suivi évaluation

CLAD: Appels à candidatures Informaticien et Conservateur des bibliothèques

UADB-étudiants/étudiants de l'UADB/recteur de l'Université de Bambey/Braquage/Violences à l’Université de Bambey/Bagarre à l’Université de Bambeye

Université Alioune Diop de Bambey: les étudiants casquent jusqu’à 40 000 francs pour une chambre