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Mozambique : Entraves à l’éducation des enfants atteints d’albinisme

albinisme

Il faut améliorer leur sécurité et leur fournir des aménagements dans les écoles

Johannesburg) Les enfants atteints d’albinisme font face à l’insécurité et à d’importants obstacles pour accéder à une éducation de qualité dans la province de Tete au Mozambique, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Ce rapport, intitulé « ‘From Cradle to Grave’: Discrimination and Barriers to Education for Persons with Albinism in Tete Province, Mozambique » “Du berceau au tombeau” : Discrimination et obstacles à l’éducation pour les personnes atteintes d’albinisme dans la province de Tete, au Mozambique »), est publié sous forme de présentation multimédia comprenant une vidéo et des photos. Human Rights Watch a constaté que les enfants albinos dans la province de Tete, dans le centre du Mozambique, étaient généralement victimes de discrimination et d’ostracisme, étaient souvent rejetés à l’école de leur communauté et même, parfois, par leurs propres familles. Ils ont du mal à surmonter les obstacles tels que l’insécurité, les brimades et l’absence d’aménagements raisonnables au sein de la classe, ce qui constitue une violation de leur droit à l’éducation. Bien que le gouvernement mozambicain ait pris d’importantes mesures pour mieux protéger les droits des enfants atteints d’albinisme, il doit faire davantage d’efforts pour assurer un accès à l’éducation égal pour tous.

« Les enfants atteints d’albinisme ont le même droit que les autres enfants à une éducation de qualité, avec un dispositif raisonnable de soutien pour faciliter leur scolarité », a déclaré Shantha Rau Barriga, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Pourtant, de nombreux enfants albinos dans la province de Tete sont relégués à la marge du système éducatif et de la société dans son ensemble. »

Human Rights Watch s’est entretenu avec plus de 60 personnes entre juillet 2018 et mai 2019 dans la province de Tete et à Maputo, la capitale du Mozambique. Parmi les personnes interrogées figuraient 42 enfants et jeunes adultes atteints d’albinisme et des membres de leurs familles ; des défenseurs des droits de ces personnes, et plus généralement des droits des personnes handicapées ; des chefs de communautés, des enseignants et des proviseurs d’écoles; ainsi que des représentants d’organisations internationales. Human Rights Watch a également rencontré en mai des responsables du gouvernement mozambicain et a examiné les législations et les politiques nationales et internationales pertinentes.

L’albinisme est une affection relativement rare causée par un déficit de mélanine ou de pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux. Les personnes atteintes d’albinisme ont généralement un teint nettement plus pâle que les autres membres de leur famille. Alors que l’albinisme n’affecte qu’une personne sur 17 000 à 20 000 en Europe et en Amérique du Nord, il est plus fréquent en Afrique sub-saharienne, certaines statistiques indiquant qu’il affecte 1 personne sur 1 000 en Afrique australe, où est situé le Mozambique.

Bien que toutes les personnes atteintes d’albinisme ne souffrent pas de handicap, le déficit en mélanine peut entraîner une malvoyance et une vulnérabilité accrue aux rayons ultra-violets du soleil. Les albinos vivant en Afrique sub-saharienne sont environ 1 000 fois plus susceptibles d’être atteints d’un cancer de la peau que le reste de la population.

En 2012, le Mozambique a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), qui garantit à tous le droit à une éducation inclusive et de qualité. Ceci implique la nécessité d’assurer que les enfants handicapés et non handicapés suivent un enseignement en commun dans des classes ordinaires dans un environnement inclusif, avec quelques accommodations raisonnables.

Crainte de violences

Fin 2014, on a assisté à une recrudescence des agressions contre les personnes atteintes d’albinisme au Mozambique, y compris à des enlèvements et à des traites de personnes. Au plus fort de cette vague en 2015, l’Experte indépendante de l’ONU sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme a reçu des informations de la part d’organisations non gouvernementales concernant plus de 100 attaques de ce type pour cette seule année-là. La croyance en la sorcellerie est l’une des causes profondes de ces attaques, a affirmé l’experte indépendante, les agresseurs croyant que des parties du corps de personnes atteintes d’albinisme peuvent apporter richesse et bonne fortune.

Bien que le nombre d’attaques et d’enlèvements signalés ait diminué depuis lors, les familles d’enfants atteints d’albinisme vivent toujours dans la peur et certaines d’entre elles n’envoient pas leurs enfants à l’école. L’attaque la plus récente a été l’enlèvement d’une fillette de 11 ans en mai dans le district de Murrupula, dans la province de Nampula. Son cadavre démembré a été retrouvé peu après.

Joao, un jeune homme de 19 ans originaire du dictrict d’Angónia, a déclaré à Human Rights Watch que vers 2015, il avait cessé d’aller à l’école de crainte d’être enlevé sur le long chemin entre l’école et son domicile. Il a précisé que parfois, des individus le suivaient. D’autres parlaient de lui en évoquant « de l’argent » ou « des affaires », en référence à la valeur attribuée aux différentes parties de son corps. La famille de Joao a informé la police après que des agresseurs potentiels eurent apparemment tenté de recruter son ami pour les aider à l’enlever.

« Je rêvais de devenir enseignant », a-t-il dit. « C’est un bon métier. J’en rêve toujours mais je ne peux pas aller à l’école. » Aujourd’hui, Joao travaille aux champs avec son père, cultivant des haricots et du maïs. Ce travail est dur et lui est particulièrement pénible, car le soleil est nocif pour sa peau.

Le gouvernement du Mozambique devrait accroître ses efforts pour démonter les mythes morbides au sujet de l’albinisme, notamment en organisant des ateliers et dans le cadre de séances de cinéma en plein air en langue vernaculaire, en particulier dans les communautés rurales et isolées comme celles de la province de Tete qui, souvent, n’ont pas accès à la télévision ou à la radio à cause de l’absence d’électricité.

Obstacles rencontrés à l’école

Les enfants albinos se heurtent à de nombreux obstacles à l’école, notamment à des brimades de la part d’autres écoliers et même parfois d’enseignants, à l’absence ou à l’insuffisance d’aménagements raisonnables pour compenser la déficience de leur vision, et à l’exigence qu’ils participent aux classes d’éducation physique en plein air sans protection adéquate contre le soleil.

Human Rights Watch a constaté que dans les écoles de la province de Tete, les écoliers atteints d’albinisme qui ont aussi une mauvaise vue n’ont pas accès à du matériel d’étude approprié, tel que des manuels scolaires imprimés en caractères plus gros, un supplément de temps pour leurs examens, ou des places réservées dans la classe à proximité du tableau noir.

Fatima, âgée de 20 ans, a indiqué qu’elle avait quitté l’école alors qu’elle était en classe de 7ème, après que des enseignants indifférents lui eurent fait subir des brimades.

Quand elle essayait de s’asseoir au premier rang de la classe pour mieux voir le tableau, une institutrice lui criait: « Toi, l’albinos, reste où tu es », a-t-elle indiqué. Son père s’est plaint à la direction de l’école, mais cela n’a fait qu’empirer les choses. « Quand l’institutrice me parlait comme cela, les autres élèves se sentaient autorisés à faire de même. Il n’y avait jamais de conséquence pour aucun d’eux », a déclaré Fatima.

Le gouvernement devrait s’assurer que tous les enseignants du système public d’éducation soient sensibilisés aux besoins des enfants atteints d’albinisme et formés de façon à être en mesure d’y pourvoir de manière adéquate. Les établissements scolaires devraient disposer de ressources nécessaires pour subvenir à ces besoins, notamment des manuels et des textes d’examens imprimés en lettres plus grosses, ainsi que d’appareils fonctionnels pour les aider à lire au tableau, a déclaré Human Rights Watch.

Réponse du gouvernement

Ces dernières années, le gouvernement mozambicain a pris d’importantes mesures pour protéger les personnes atteintes d’albinisme, y compris l’adoption en 2015 d’un Plan d’action global pour lutter contre les violences faites à ces personnes. Ce plan comprend des mesures visant à promouvoir une meilleure connaissance de l’albinisme et une sensibilisation à cette affection parmi les familles et les communautés. Toutefois, des activistes des droits humains à Maputo ont affirmé que bien qu’ils eurent participé à la rédaction du plan, le gouvernement les a tenus à l’écart de sa mise en œuvre, réduisant ainsi son efficacité. Ils se sont également dits préoccupés du fait que le plan n’ait pas été doté d’un budget propre, ce qui compromet gravement sa mise en application.

Lors du Sommet mondial sur les handicaps qui s’est tenu en 2018 en Grande-Bretagne, le Mozambique s’est engagé à se doter de politiques et de plans d’éducation inclusifs, notamment à mettre en œuvre une stratégie nationale pour une éducation inclusive. La version la plus récente de ce projet de stratégie ne disait pas un mot sur les enfants atteints d’albinisme, mais le ministère de l’Éducation a promis de le réviser pour y inclure des éléments de langage sur l’albinisme.

Le gouvernement mozambicain devrait se fixer comme priorité d’appliquer les recommandations contenues dans le Plan d’action régional sur l’albinisme en Afrique, la première stratégie continentale visant à lutter contre les violations des droits des personnes atteintes d’albinisme. Ce plan, approuvé en 2017 par la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union africaine, contient une série de mesures immédiates et de long terme axées sur la protection, la prévention, la responsabilisation et la non-discrimination.

« En prenant des mesures pour faire en sorte que les enfants atteints d’albinisme puissent recevoir une réelle éducation, tout en continuant d’enquêter et de poursuivre en justice les individus responsables d’agressions, le Mozambique a une occasion de démontrer de manière convaincante sa détermination à assurer la sécurité, l’inclusion et la dignité des personnes atteintes d’albinisme », a affirmé Shanta Rau Barriga.

hrw.org

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Written by Arame

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