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L’Afrique prend sa place dans l’avancée de l’intelligence artificielle

Intelligence Artificielle/avancée de l’intelligence artificielle

Si l’intelligence artificielle a pour but d’améliorer le niveau de vie et réduire les inégalités, il est nécessaire de développer une expertise au-delà des centres d’innovation actuels, selon Moustapha Cisse.

La version originale de cet article a été publiée en anglais dans la revue Nature et est disponible ici.

L’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer la société aussi profondément que la machine à vapeur et l’électricité l’ont fait. Cependant, contrairement aux révolutions technologiques passées, la révolution de l’IA offre une chance unique d’améliorer le niveau de vie sans pour autant amplifier les inégalités mondiales. C’est ainsi qu’il est nécessaire de multiplier les pôles d’enseignement et de pratique de l’IA.

La grande majorité des experts en IA se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L’Afrique, en particulier, est à peine représentée. Ce manque de diversité peut non intentionnellement enraciner les biais algorithmiques et construire une discrimination pour les produits dérivés de l’IA. Ce n’est pas le seul défi : moins de chercheurs et d’ingénieurs africains en IA signifie également moins d’opportunités d’utiliser l’IA pour améliorer le niveau de vie des Africains. De plus, la communauté des chercheurs est également en manque d’individus talentueux simplement parce qu’ils n’ont pas reçu de formation adéquate.

Google va ouvrir le premier laboratoire de recherche sur l’IA à Accra, au Ghana

Un centre au Ghana

Je suis heureux de retourner en Afrique pour apporter ma pierre à l’édifice. Le mois prochain, la société de technologie Google va ouvrir un laboratoire de recherche sur l’IA à Accra, au Ghana. Ce sera le premier du genre sur le continent africain et j’en serai le responsable. Nous planifions d’employer de nombreux ingénieurs et scientifiques.

Il y a environ quinze ans, j’ai commencé mes études de premier cycle en mathématiques et physique dans mon pays d’origine, le Sénégal, tout en suivant des cours en ligne sur l’IA. Par la suite, j’ai poursuivi mes études supérieures à Paris. Et enfin, j’ai travaillé pour la division de recherches sur l’intelligence artificielle de Facebook. Mon travail était de rendre l’intelligence des machines juste, transparente et plus fiable.

Des obstacles à contourner

Il existe plusieurs obstacles pour qu’un chercheur africain en IA fasse partie de la communauté mondiale. Beaucoup d’entre nous ont encore du mal à se rendre à des conférences internationales. J’ai déjà été incapable d’assister à une conférence faute d’obtention de visa alors que j’étais déjà installé et travaillais en Europe et que la documentation que je devais présenter avait été approuvée. Mais des organisations comme Black in AI travaillent pour changer les choses. Aujourd’hui, grâce au travail de Timnit Gebru et Rediet Abebe notamment, Black in AI est une communauté florissante de plus de 1 000 étudiants, chercheurs et passionnés par l’IA prêts à partager leurs idées et à favoriser la collaboration pour accroître la représentation des noirs dans ce domaine.

Nous devons redoubler d’efforts pour surmonter ces obstacles et veiller à ce que les avantages de l’intelligence artificielle arrivent partout dans le monde. Beaucoup d’ingrédients essentiels sont déjà en train de se mettre en place. Les ressources humaines sont là. L’Afrique abrite la population la plus jeune avec une croissance de population la plus rapide du monde. J’ai 33 ans et cela me rend plus vieux que la plupart des habitants du continent (l’âge médian en Afrique est de 19 ans ; et 43 ans pour l’Union européenne).

Mettre en place les bases

L’enthousiasme est énorme. L’année dernière, la rencontre « Deep Learning Indaba » à travers l’Afrique a accueilli 300 étudiants de 23 pays africains et a dû refuser plus de candidats qu’elle ne pouvait en recevoir. Les ressources financières deviennent également disponibles. L’année dernière, des investisseurs ont versé 560 millions de dollars américains dans des start-up technologiques en Afrique. Google soutient et conseille plus de 60 entreprises à travers le programme Launchpad Accelerator Africa. Selon le Fonds monétaire international -FMI) à Washington DC, six des dix pays ayant le taux de croissance économique le plus élevé sont en Afrique.

Il existe un fort soutien parmi les chercheurs en intelligence artificielle. Le mois dernier, le programme de Maîtrise africaine en apprentissage machine à l’Institut panafricain des sciences mathématiques (AIMS) que j’ai organisé avec le parrainage de Facebook et Google, a débuté avec 30 étudiants. Plus de 30 experts mondiaux ont accepté de venir à l’AIMS de Kigali au Rwanda, pour y donner cours. Si la qualité d’un programme est jugée par la qualité des professeurs, c’est le meilleur programme au monde.

Nous avons besoin d’une stratégie panafricaine : un ensemble d’objectifs ambitieux pour l’éducation, la recherche, le développement et l’industrialisation de l’IA

Vers un fonds panafricain dédié à l’IA ?

La prochaine étape consiste à élaborer un plan coordonné pour encourager l’apprentissage de l’IA à travers le continent, encourager l’esprit d’entreprise dans le secteur de l’IA, et faciliter la collaboration entre chercheurs en intelligence artificielle et experts en soins de santé, agriculture et autres sciences. Nous avons besoin d’une stratégie panafricaine : un ensemble d’objectifs ambitieux pour l’éducation, la recherche, le développement et l’industrialisation de l’IA. Les nations africaines doivent nouer des liens avec leurs expertises locales en IA.

Les autres pays, tels que la Chine et la France, ont bénéficié des initiatives spécifiques de leur pays. Le Canada, en particulier, a cultivé une bonne synergie entre une forte communauté de chercheurs en IA et un leadership politique réceptif. Par conséquent, toutes les grandes entreprises de technologie ont des centres à Montréal.

Un réseau d’instituts africains en intelligence artificielle pourrait retenir les meilleurs talents sur le continent

Une autre étape essentielle consiste à tracer une feuille de route pour mobiliser les ressources humaines et financières, y compris un fonds panafricain dédié à l’IA pour soutenir les efforts fournis. Un réseau d’instituts africains en intelligence artificielle, par exemple, pourrait retenir les meilleurs talents sur le continent, recruter des scientifiques africains de classe mondiale pour relever les défis sur l’IA dans le contexte africain et collaborer avec les institutions académiques en place. Ce réseau pourrait également aider les décideurs politiques et collaborer avec le secteur privé.

Le continent souvent négligé a beaucoup à donner et à obtenir de l’IA

Enfin, les gouvernements africains doivent créer un cadre juridique standard et un ensemble de valeurs qui aideront à faire en sorte que l’IA en Afrique serve le bien de l’humanité. Il y a une peur croissante dans le monde entier à propos de l’utilisation néfaste de l’IA. Heureusement, les initiatives visant à prévenir de telles utilisations sont émergentes. Dans le secteur public, la Commission européenne a présenté en avril une approche visant à établir des directives éthiques pour l’IA. Dans le secteur privé, Google a publié un ensemble de normes en juin pour régir la recherche et le développement de produits dérivés de l’IA.

Le moment est venu de mettre en place les bases qui garantissent que l’IA aide à apporter une vie meilleure en Afrique et au-delà. Avec prévoyance et planification, la révolution technologique apportée par l’IA sera une force pour renforcer une société juste et prospère. Le continent souvent négligé a beaucoup à donner et à obtenir de l’IA.

jeuneafrique.com

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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