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De la nécessité de créer des écoles africaines hors d’Afrique

formation des filles et jeunes

Amplifier la visibilité et diplomatie culturelle de l’Afrique par l’Education

En Afrique subsaharienne, on observe une multitude d’écoles étrangères au sein desquelles on retrouve majoritairement les enfants des diplomates, des fonctionnaires internationaux et même des enfants de certains locaux fortunés. Mais le constat n’est pas le même lorsque l’on se tourne vers l’Occident, l’Asie ou les Amériques. On a de la peine à y identifier les écoles africaines [1] créées afin d’accueillir les enfants des fonctionnaires ou autres personnes africaines résidant dans ces régions ; pourtant, le besoin est criant car aucune nation au monde ne s’est développée avec la culture de l’autre.

Conscient de cela, l’Afrique gagnerait à capitaliser sur sa diaspora non pas seulement au travers des transferts de fonds comme c’est le cas actuellement mais aussi, en préparant stratégiquement ses ressortissants au développement de leur continent. Une des voies serait la mise sur pied d’écoles africaines hors d’Afrique. Après la présentation d’un bref état des lieux, nous allons démontrer pourquoi il est urgent de créer des écoles africaines hors d’Afrique.

Pourquoi autant d’écoles étrangères en Afrique ?

Au lendemain des indépendances en Afrique, des pays comme la France ou les États-Unis ont maintenus ou créés de nouvelles écoles en Afrique afin d’y éduquer les enfants de leurs ressortissants (encore appelés «expats»).

Selon le site axiom academic, sur les 495 lycées français dans le monde, 163 sont installés en Afrique. Et presque toutes les grandes villes des pays d’Afrique francophone ont un lycée français. L’on en retrouve 36 au Maroc, 23 à Madagascar, 13 au Sénégal et 5 au Cameroun, pour ne citer que ces exemples.

Au Cameroun, plus précisément dans la capitale Yaoundé, il y a le Lycée français Fustel-de-Coulanges que fréquentent environ 785 élèves dont 419 Français et l’École internationale Le Flamboyant avec 151 élèves dont 58 français. Le Lycée français Dominique-Savio à Douala compte 1119 élèves dont 598 d’origine française.

Dans la ville de Garoua, l’École française Le Tinguelin accueille 31 élèves dont 12 de nationalité française. La seule école qui compte uniquement 4 élèves français est l’École françaiseL es Boukarous à Maroua avec un effectif total de 14 élèves.

Comme nous pouvons le remarquer, ces établissements accueillent aussi bien les français que les nationaux.

Le France n’est cependant pas le seul pays qui crée des écoles en Afrique pour former ses ressortissants. Comme le mentionne Aboubacar Soumah, « partout en Afrique, particulièrement en Guinée, nous voyons des écoles françaises, chinoises, libanaises, turques, arabes, américaines, à ne citer que celles-ci.». Au Ghana, on peut citer le Lincoln Community Schoolet au Mozambique, la AmericanInternational School of Mozambique qui sont des écoles américaines.

Ces écoles ont généralement une très bonne réputation. L’objectif majeur étant de permettre aux enfants des ressortissants étrangers de ces États de suivre les mêmes programmes que ceux restés sur le territoire d’origine. Cela peut paraître paradoxal dans la mesure où ce sont les systèmes dérivés de la colonisation qui sont pratiqués dans ces pays.Mais ce probable paradoxe est justifié.

Bien que la majorité des systèmes éducatifs d’Afrique francophone aient été calqués sur ceux de la France et légèrement modifiés après les indépendances [2], les ressortissants français dans ces capitales africaines, préfèrent recourir à des lycées français parce que les méthodes et contenus pédagogiques y sont utilisés sont à jour, l’innovation et la pensée critique y sont encouragés, contrairement aux approches favorisant principalement la mémorisation et restitution des savoirs.

Au-delà de la supposée «meilleure qualité» de l’éducation, ces écoles étrangères facilitent l’intégration de leurs diplômés dans le milieu professionnel du pays d’origine. Par exemple, il est plus facile de trouver de l’emploi en France avec un BAC français que congolais ou Burkinabè.Enfin, ces écoles permettent aux élèves d’acquérir d’autres langues et de s’ouvrir à d’autres cultures. Et c’est un concept tellement stratégique en matière de diplomatie culturelle avec des retombées économiques considérables, que l’on peut se demander pourquoi les Etats africains n’en font pas autant pour leurs ressortissants en Occident ou ailleurs.

Pourquoi aussi peu d’écoles africaines à l’étranger?

Même s’il est vrai que les gouvernements occidentaux ont des lois qui favorisent plutôt l’insertion des étrangers dans leurs systèmes éducatifs (c’est le cas de la France, de l’Espagne et bien d’autres pays), il n’en demeure pas moins que l’absence des écoles africaines ou d’autres cadres de formation des ressortissants africains est due à un manque de vision non seulement des diplomates africains mais aussi des immigrés [3].

Si nous prenons l’exemple du Cameroun, l’Agence Française de Développement en 2019 fait constater que plus de 100,000 camerounais résident en France. C’est amplement suffisant pour créer une école camerounaise ou un centre culturel camerounais afin de renforcer les liens identitaires des ressortissants camerounais avec leur pays d’origine mais aussi de s’affirmer comme pays souverain.

Mais pour cela, il faudrait que le Cameroun tout comme d’autres pays d’Afrique fassent le travail qu’il faut. C’est-à-dire, redéfinir les systèmes éducatifs et investir davantage dans la diplomatie culturelle où l’éducation serait un pilier central du plan stratégique de relations internationales du gouvernement camerounais.

Cette diplomatie culturelle pourrait ainsi se matérialiser par la création d’écoles camerounaises ou des centres culturels dans les capitales européennes et mondiales ayant une forte présence de la diaspora camerounaise. Ces écoles, au-delà de la diffusion d’un programme et curriculum scolaire ancré sur les valeurs et la tradition camerounaise, seront également des centres d’enseignement des langues et de la culture camerounaise et africaine en général.

Les pays africains ont ainsi intérêt à produire un système éducatif contextualisé aux réalités sociopolitiques et économiques. Au Cameroun, depuis quelques années déjà, il est expérimenté un système bilingue (français et anglais) mais ce système éducatif ne diffère principalement des autres que par le fait qu’il promeut le bilinguisme. Il est important de développer un programme éducatif qui prenne davantage en compte le patrimoine historique et culturel camerounais, qui pourrait être une source de revenus et surtout un moyen de renforcer l’ancrage culturel des jeunes. C’est pourtant ce qui se fait dans la ville sénégalaise de Touba.

Touba est la troisième ville du Sénégal en termes de population, avec près de 875 000 habitants. C’est l’une des villes les plus développées, qui se différencie des autres sur le plan éducatif où les langues d’enseignement sont le wolof et l’arabe. Et les centres de formations professionnels adaptent leurs programmes aux besoins locaux et cette ville se développe ainsi, principalement à travers les solutions internes.

Pourquoi créer des écoles africaines hors d’Afrique ?

Les jeunes français et américains qui se trouvent en Afrique sont éduqués dans leurs différents systèmes éducatifs d’origine afin de faciliter leur réinsertion dans l’économie nationale et l’univers professionnel. C’est une approche louable et l’Afrique gagnerait à faire pareil. Les enfants africains devraient intégrer des écoles qui parlent de leurs réalités : leurs cultures, leurs traditions, leurs difficultés, leurs potentiels etc. Ainsi, ils n’hésiteront pas, une fois adultes, à travailler pour l’amélioration des conditions de vie dans leurs pays d’origine.

Sinon, comment s’attendre à ce qu’un enfant éduqué dans le système éducatif français, italien, espagnol, pour ne citer que ceux-ci, puisse penser passionnément et pratiquement au développement de l’Afrique après 10, voire 20 années passées dans lesdits systèmes ? Et comme susmentionné, c’est aux gouvernements et aux ressortissants des différentes communautés africaines de le faire afin de faciliter une cohabitation avec la culture étrangère sans pour autant être dénaturalisé et afin de préparer les enfants des ressortissants, souvent nés en Occident, aux enjeux de développement de leur continent d’origine [4].

Capitaliser sur le potentiel des communautés africaines à l’étranger

L’absence des écoles africaines en Occident ou hors d’Afrique malgré la forte communauté africaine dans cette partie du monde est une réalité et plusieurs pays d’Afrique gagneraient à se pencher sur la question. Il est possible de renverser la tendance. Il n’y aurait aucun mal à imiter et à améliorer les meilleures pratiques tirées des écoles européennes et américaines en Afrique.

Capitaliser le potentiel de la forte communauté africaine à l’étranger peut se faire à travers les écoles africaines ou des centres de formation adaptés qui non seulement favorisent l’intégration mais préparent également les élèves à relever le défi de développement durable en Afrique.

cursus.edu

Written by Arame

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