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Entretien avec… Malick FALL, Secrétaire Général du SAES «60 % des enseignants sont de rang magistral»

Malick FALL Secrétaire Général du SAES

Le Saes tire la sonnette d’alarme sur les départs à la retraite des enseignants de rang magistral au Sénégal. Son secrétaire général livre des données sur la problématique et revient sur les enjeux.

WalfQuotidien : Les départs à la retraite des professeurs de rang magistral sont un mal de l’Ucad. Quelle est l’opinion du patron du Saes que vous êtes là-dessus ?

Malick FALL : La plupart des collègues sont recrutés à un âge avancé. Pour qu’il puisse arriver au grade de maître de conférences, c’est-à-dire de professeur assimilé dans la nouvelle architecture, un enseignant doit avoir entre 57 ou 58 ans. Cela veut dire qu’il lui reste 7 ans pour pouvoir gravir les autres échelons pour être professeur titulaire. Le temps du recrutement pour arriver au grade de professeur de rang magistral est long. C’est pourquoi, nous nous retrouvons dans une situation où il y a un nombre assez important de collègues qui sont de rang magistral, proches de la retraite. La charge de travail est tellement importante qu’ils n’ont pas toujours le temps de pouvoir s’occuper de leur carrière pour avancer rapidement comme cela aurait dû se faire. Leur carrière se trouve ralentie.

Même si la réforme actuelle permet à l’enseignant, au maître de conférences assimilé de pouvoir encadrer les mémoires de master, il doit le faire sous la supervision d’un enseignant de rang magistral.

Peut-on avoir une idée statistique des départs à la retraite ?

Environ 107 personnes doivent aller à la retraite en 2018. En 2019, elles seront 163, en 2025, elles seront aux environs de 481. Dans les prochaines années, presque 500 personnes vont partir à la retraite. Soixante pour cent d’entre eux sont des enseignants de rang magistral qui sont habilités à encadrer les mémoires de master, les thèses de doctorat selon les normes du Cames

Beaucoup de profs partent à la retraite. Y a-t-il des remplacements ?

En général, il y a un remplacement poste pour poste. C’est-à-dire que, chaque fois qu’un enseignant part à la retraite, son poste est mis en compétition. Le remplaçant va, par la suite, faire son parcours pour arriver plus tard au grade d’enseignant, de professeur de rang magistral. Le problème se situe au niveau du temps qu’il faut mettre pour arriver au grade de rang magistral. Nous avons une surcharge de travail extrêmement importante, des conditions de recherche qui ne sont pas toujours adéquates. Souvent, nous profitons des voyages d’étude pour accélérer les travaux de recherche et de publication. Vous avez un voyage d’étude une fois tous les deux ans. Cela veut dire qu’il faut une véritable politique d’équipement des laboratoires, de mise à disposition de crédit à allouer à la recherche pour qu’elle se développe correctement.

Faut-il revoir le temps de recherche pour accéder au rang de professeur de rang magistral ?   

En réalité, si toutes les conditions étaient réunies, le problème ne se poserait pas. Il y a le problème des effectifs et des infrastructures. Le taux d’encadrement est très faible. Les normes de l’Unesco, c’est 1 enseignant pour 30 étudiants. Nous en sommes à environ 1 enseignant pour 90 étudiants. Presque le triple. Dans ces conditions, comment trouver suffisamment de temps ?  Si on ne fait pas ces enseignements, l’université va s’arrêter. On nous oblige à faire les heures complémentaires pour permettre à l’université de fonctionner. Malgré cela, il y a encore beaucoup de vacataires qui sont recrutés pour assurer les travaux horaires. Cela veut dire que nous avons un problème de taux d’encadrement.

Le système Lmd ne règle-t-il pas le problème des retraités ?

On veut aller trop vite par rapport au système Lmd. C’est ce qui va nous poser des problèmes. C’est un système qui demande beaucoup de moyens pour être performant. Nous fonctionnons à une vitesse importante du point de vue des réformes qui fait que le système est plus ou moins plombé quelque part. Il faut qu’on essaye de faire cette mue pour aller vers un autre système. C’est ce qui explique la question du «Master pour tous», parce qu’il faut proposer aux étudiants une alternative. Il faut qu’on aille vers les licences professionnelles. Les  étudiants, arrivés en licence, vont sortir avec un diplôme professionnel. Cela doit être accompagné par une véritable politique de liaison avec le secteur privé pour faire en sorte que ce secteur intervienne.

Avez-vous fait des propositions par rapport aux retraites ?

Nous avons fait des propositions de prolongation assortie de certaines dispositions qui permettent à celui qui, pour des convenances personnelles, souhaiterait s’arrêter à 65 ans, qu’on le lui permette. Mais, il faut relativiser les choses. Il y a des collègues qui ne sont pas pour une prolongation de la retraite. Ils veulent partir à 65 ans. On a évoqué la question de l’éméritat pour qu’ils puissent continuer, sans occuper des fonctions administratives, d’encadrer les étudiants et promouvoir la recherche. Quand vous partez à la retraite, c’est un drame psychologique, au-delà de l’aspect financier. Vous mettez beaucoup de temps. Les postes ne sont pas ouverts. Si vous avez votre thèse à 30 ans, vous pouvez rester jusqu’à 40 ans avant d’être recruté. Ce n’est pas automatique. Il faut attendre qu’il y ait la mise à disposition de poste ou bien qu’un enseignant parte à la retraite ou décède.

Les enseignants retraités de rang magistral sont-ils cooptés ailleurs ?

L’idée est en train de germer au niveau des retraités avec la création d’une agence des retraités pour regrouper les compétences qu’il y a au niveau de l’enseignement supérieur et de les mettre au service d’autres structures qui en auront besoin.

Y a-t-il d’autres alternatives ?

Il y a le système des contrats. Quand vous partez à la retraite, si votre département a besoin de vous, on propose que l’université vous signe un contrat renouvelable deux fois. C’est un contrat qui vous permet de récupérer un peu plus du tiers de votre salaire en sus de ce que vous gagnez à la retraite.

Cela est-il appliqué partout ?

Oui, sauf à la Faculté de médecine. Il n’y a pas de contrat là-bas. Mais, les collègues sont foncièrement contre les contrats.

«J’ai peur pour la Faculté de médecine. Il y a énormément d’icônes de cette faculté qui sont parties à la retraite».

Parlez-nous de la relève !

Si vous avez besoin de l’individu et de ses compétences, vous le payez en conséquence.

Voulez-vous dire qu’il y a exploitation ?

Vous l’avez dit vous-même. Plutôt que d’offrir des contrats, ce qui n’est pas moralement acceptable, il vaut mieux prolonger l’âge légal à la retraite pour ceux qui veulent partir. Autant prolonger la retraite plutôt que de les exploiter, surtout pour un universitaire. C’est humiliant.

Quelle sont les facultés les plus touchées par ces départs à la retraite ?

Ce sont pratiquement toutes les facultés. J’ai peur pour la Faculté de médecine. Il y a énormément d’icônes de cette faculté qui sont parties à la retraite. Les jeunes agrégés ont besoin de temps pour construire leur propre expérience. A la Faculté des sciences, c’est la même chose, vous avez beaucoup de départs.  Dans certaines facultés, quand un collègue part à la retraite, la discipline risque de mourir parce qu’il n’y a pas de relève. Il faudrait voir comment avoir un taux de promotion satisfaisant dans les facultés et disciplines pour permettre de prendre en charge la relève.

Le Cames devrait-il alléger les procédures ?

C’est un problème important. Nous avons besoin de progresser, de faire éclore les talents qui sont cachés. Beaucoup de collègues, d’éminents scientifiques, ne peuvent pas s’exprimer totalement parce qu’on leur oppose le problème du grade. Vous ne pouvez pas avoir droit au chapitre comme vous aurez aimé l’avoir. C’est une nécessité pour le Cames de subir une certaine mutation pour se mettre au diapason de ce qui se fait ailleurs. Nous avons besoin d’avoir une promotion. Mais ce qu’on remarque, c’est que, chaque année, les conditions qui sont posées par le Cames sont corsées pour pouvoir passer d’un grade à un autre. Les collègues continueront à les franchir. Ce sera au détriment de nos pays. Nous avons besoin d’avoir une masse critique d’enseignants chercheurs pour encadrer les mémoires de thèse et les mémoires de master, et d’enseignants habilités à diriger les recherches. C’est fondamental. La recherche est la seule pour aboutir à un développement souverain. Il faut travailler à promouvoir les hommes qui font cette recherche.

Quelle place la retraite occupe-t-elle dans les revendications du Saes ?

Nous avons demandé la prise en charge médicale, la retraite avec 85 % du dernier salaire en acceptant d’augmenter notre temps de travail.

Et par rapport à l’âge ?

Nous n’avons pas de fixation sur l’âge. Ce n’est pas un point de revendication, mais une proposition qui est faite au gouvernement pour lui permettre de prendre en charge les nouvelles universités. Parce que nous avons fait des projections par rapport aux départs à la retraite et c’est effarant.

N’y a-t-il pas paradoxe entre l’ouverture des universités et les départs massifs à la retraite ?

Il faut qu’il y ait une bonne politique de planification des politiques en matière d’enseignement supérieur. Les universités répondent à une demande forte. Il faut qu’on ait une politique d’anticipation, de prospective. Quand la vision est claire, la mise en œuvre sera facile.

Recueillis par Emile DASYLVA

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