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ALERTE-IMPACT SUR LE FONCTIONNEMENT DES ENSEIGNEMENTS-RECHERCHES :Beaucoup de filières sont en train de fermer

filières de l’Ucad

Représentant du Sénégal au Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), le professeur Aboubakry Moussa Lam constate, pour le déplorer, que certaines filières de l’Ucad ne sont plus fonctionnelles. Ce, faute de professeurs et de maîtres de conférences, seuls habilités à diriger des thèses et des mémoires. Les diplômes de ces filières ne sont plus reconnus par les textes du Cames. «Pour être plus précis, actuellement, il y a des filières qui sont fermées de manière factuelle parce qu’il n’y a plus personne pour encadrer dans ces filières. Pour preuve, à la filière de l’égyptologie, nous étions deux profs. Mon collègue, le prof Babacar Sall est parti en 2017.  Je vais partir en 2018. Ce qui fait que, en égyptologie, il n’y aura plus de professeur», se désole-t-il. «Comme nous n’avons pas de maître de conférences, cela signifie que les thèses d’égyptologie ne pourront plus se faire à Dakar. Alors que Cheikh Anta s’était battu pour que l’égyptologie soit enracinée de façon durable à l’Ucad. Ça, c’est un cas concret. Donc, à partir de 2019, si rien n’est fait, un étudiant qui veut s’inscrire en thèse en égyptologie, il ne pourra pas le faire. Sinon, il va à l’étranger», ajoute-t-il. Ce qui va influer sur la destination Ucad.

Parce que, renseigne le Pr Lam, l’Ucad est le seul centre d’égyptologie. Du coup, tous les pays africains se ruaient vers Dakar. «L’Ucad est le centre africain le plus avancé en égyptologie. J’ai eu à dépanner des Camerounais ou des Burkinabé qui ne pouvaient pas faire leurs thèses dans leur pays. S’il n’y a plus rien au Sénégal, ces pays qui se rabattaient sur le Sénégal, vont en Europe ou en Amérique. C’est quelque chose qui tend à devenir général au niveau de toutes les filières», explique Aboubakry Moussa Lam.

L’égyptologue, comme l’appellent ses collègues, note que l’Ucad est ainsi en train de perdre sa place de leader en Afrique. «Les Burkinabés, les Ivoiriens et même les Béninois sont devant nous, en matière de production scientifique alors qu’on était la première université d’Afrique francophone. Que l’université Gaston Berger dépasse un jour l’Ucad ne va surprendre personne», s’inquiète-il. Pour preuve, le professeur brandit la liste des postulants aux concours du Cames. Dans cette liste, le professeur détaille que, là où la Fac de lettres présente 14 candidats au concours d’aptitude au titre d’assistants et de maîtres de conférences, Abidjan en a 66. «Cela signifie qu’Abidjan a les moyens pour renouveler son corps professoral. Il espère avoir suffisamment de maîtres de conférences et de professeurs. Mais l’Ucad, avec 14 partants, ce n’est plus possible. Voilà où se trouve l’Ucad. C’est une réalité. C’est du concret», se désole-t-il.

127 profs de rang magistral pour plus de 80 000 étudiants !

Le nombre de professeurs de rang magistral ne doit pas dépasser 127 pour l’ensemble des facultés de l’Ucad. C’est ce que dit le professeur Lam. Ce n’est pas un chiffre approximatif, parce qu’il a, entre les mains, le recensement de 2016. «L’Ucad compte à peu près 127 professeurs de rang. Et cela, pour toutes les facultés. C’est insuffisant par rapport au nombre d’étudiants qui dépassent 80 000. Le nombre de profs est en train de baisser car, là où une vingtaine de profs partent à la retraite par an, on a moins de 10 qui entrent», détaille Aboubakry Moussa Lam.

La Fac de lettres compte au total 63 professeurs titulaires et maîtres de conférences réunis. Ce qui fait 26 professeurs de rang A et 37 maîtres de conférences. Alors que les textes du Cames prescrivent qu’un prof encadre 98 étudiants en master et 10 doctorants en thèse. Malheureusement, à la Fac de lettres de l’Ucad, un encadreur se retrouve avec un nombre incommensurable de mémoires et au moins 12 thèses.

Pour le concours du Cames de cette année, la Fac de lettres n’a présenté que cinq candidats au poste de professeurs titulaires. C’est peu par rapport au nombre d’étudiants qui avoisine les 35 000. «La fac de lettres est la fac la plus peuplée de l’Ucad. Elle a largement dépassé les 35 000 étudiants. Si on n’a que cinq potentiels candidats qui sont inscrits, on va se retrouver avec cinq profs là où il y a un gap de plus de 25», alerte-t-il. Ce qui explique, selon lui, que le nombre de sortants reste toujours plus important que le nombre d’entrants. Une tendance lourde qui va, malheureusement, se poursuivre.

La réforme des grades, racine du mal

La réforme des grades, entamée par les autorités depuis un certain temps, est un des facteurs qui ont le plus aggravé la situation. Depuis la mise en place de cette décision, la situation va de mal en pis. «Avec la création des grades de maîtres de conférences, les gens qui étaient à l’origine de cette réforme pensaient permettre à l’Ucad d’augmenter ses capacités d’encadrement. A l’époque, j’avais dit que cela ne regèlerait pas ce problème. Les gens m’ont traité de tous les noms d’oiseaux. Aujourd’hui, après l’avoir appliquée, l’histoire m’a donné raison», rappelle le professeur. Selon lui, le Cames est au-dessus des pays. Le Sénégal est membre de cet organe. Donc les textes du Sénégal ne peuvent pas prévaloir au niveau de cette institution. «Les textes du Cames disent que, pour encadrer un master, il faut être maître de conférences reconnu par le Cames ou bien être docteur-ès. Cette réforme qui a créé le grade des maîtres de conférences locaux ne peut encadrer rien tout seul. Si on applique cela, le Cames ne reconnaîtra pas le diplôme. Parce qu’il exige des normes», prévient-il.

Dans sa lancée, le Pr Lam recommande aux assistants et nouveaux recrutés de s’adonner au travail. «Pour devenir maître de conférences ou professeur, il faut une promotion par le travail. Ce n’est pas en réformant les grades. Si entre celui qui vient de démarrer et celui qui a plafonné, il n’y a pas une grande différence, l’assistant n’a pas besoin de se tuer dans les recherches pour avancer. En Côte d’Ivoire, entre le nouveau recruté et le professeur, l’écart de leur traitement est double. Il faut quelque chose pour pousser les gens à faire carrière», recommande Aboubakry Moussa Lam. Qui dit que, depuis cette réforme, le nombre d’articles de l’Ucad a diminué et que l’établissement est en train de dégringoler. «Dans les années à venir, toutes les universités nous dépasseront. Parce que ces gens travaillent. On ne travaille pas suffisamment».

Salif KA

(Stagiaire)

Légende : Le Pr Aboubakry Moussa Lam, un des derniers égyptologues, part à la retraite en 2018

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