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Une autre voie pour former les étudiants africains

former les étudiants africains/frais d'inscription en France

La récente hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers (hors Union européenne), annoncée récemment par le gouvernement, affectera particulièrement les étudiants venus d’Afrique. Pour une raison simple : ceux-ci sont, de loin, les plus nombreux parmi les étudiants concernés par la mesure. La décision a d’ailleurs suscité de nombreuses critiques, y compris sur ce blog.

Il faut peut-être regarder les choses autrement. Quel est, en effet, l’enjeu ? Au-delà du sort personnel et des difficultés que connaissent de nombreux étudiants africains, la vraie question est celle-ci : comment aider l’Afrique à sortir du sous-développement, en favorisant la formation des cadres et dirigeants dont elle a besoin, à l’heure où nombre d’experts annoncent son proche décollage économique ? Comment faire en sorte que l’Afrique dispose enfin des talents nécessaires pour entrer dans une nouvelle ère, celle du développement ? Comment tendre la main à ce continent, en ayant le souci prioritaire de l’efficacité ? Force est en tout cas de constater que, depuis des décennies, la méthode utilisée – accueillir en nombre les étudiants africains sur les campus de l’Hexagone – n’a pas donné les résultats escomptés. Les raisons en sont multiples. D’abord, les étudiants africains se tournent souvent vers des disciplines qui, si elles sont parfaitement légitimes et estimables, n’ont qu’une utilité limitée pour favoriser le développement économique. Ensuite, beaucoup de jeunes diplômés africains, à l’issue de leur cursus, n’ont guère envie de retourner au pays, et ne rêvent, au choix, que de rester en France ou de partir travailler sous d’autres cieux (Canada, Etats-Unis, etc.). Ajoutons que certains voient dans l’arrivée massive d’étudiants africains un vecteur supplémentaire d’immigration clandestine, ou un moyen pour certains d’entre eux de bénéficier durant quelques années du statut étudiant et de la protection sociale (Sécurité sociale) qui l’accompagne. Sans compter que les étudiants issus de milieux aisés représentent une part significative – mais difficile à évaluer avec précision, il est vrai – du nombre de bénéficiaires des frais d’inscription très faibles pratiqués jusqu’alors par les universités. Bref, la France (comme d’autres pays européens, au reste), investissent chaque année des sommes considérables dans la formation de cadres qui, au final, ne profitent guère à l’essor de l’Afrique.

Dans ce contexte, accueillir massivement des étudiants venus du Maghreb ou d’Afrique centrale n’est sans doute pas la seule ni la meilleure solution. Depuis quelques années, une autre stratégie commence à se répandre. Elle consiste avant tout, pour les établissements, à former les étudiants africains sur le sol africain – soit en ouvrant des campus en propre, soit en signant un accord avec un partenaire local. Les avantages sont au nombre de trois. D’abord, un coût total de la formation beaucoup moins élevé : les frais de transport sont supprimés ou fortement réduits, les dépenses d’hébergement et de nourriture très inférieures à ce qu’elle sont en France, et le coût réel de la scolarité bien moindre. Ensuite, ce type de dispositif permet aux enseignants et à la communauté éducative de mieux s’imprégner de la réalité des pays concernés, et d’être davantage à l’écoute des besoins du tissu économique local. Enfin, à plus long terme, cette stratégie devrait favoriser l’essor sur le sol africain d’un enseignement supérieur de qualité.

De nombreux établissements français, universités et grandes écoles, se sont engagés dans cette voie, sous des formes variées. Pêle-mêle, on peut citer Centrale-Supélec au Maroc, Dauphine à Tunis, le groupe ESC Troyes, l’Essec, Kedge au Sénégal, Toulouse Business School à Casablanca, l’EM Lyon… Certains choisissent de s’implanter directement au coeur du continent africain, avec des campus de petite taille, par exemple au Sénégal, au Cameroun, au Congo… C’est la démarche qu’a notamment adoptée l’ICAM, qui vient d’annoncer l’ouverture d’un campus à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), en partenariat avec l’ULC (Université Loyola du Congo). Présente en Afrique centrale (à Pointe-Noire, au Congo, et à Douala, au Cameroun) depuis une quinzaine d’années, l’ICAM connaît bien cette région. « Nous nous appuyons systématiquement sur des partenaires locaux, indique Jean-Michel Viot, le directeur général du groupe. Cela nous permet de nous confronter avec la réalité des territoires et de proposer des parcours de réussite adaptés. » A Kinshasa, l’ICAM proposera un « parcours ouvert », programme international en six ans, déjà mis en place depuis la rentrée 2018 à Lille, Nantes et Douala, et destiné particulièrement aux bacheliers ES et L option math et aux bacheliers internationaux. le coût de la scolarité ne devrait pas dépasser 2.500 euros par an. La formation coûtera un peu moins de 1.600 euros par an en bachelor et 2.016 euros par année en master (soit 2 016 €). Des bourses sont également prévues. Pour financer ce projet, l’école compte s’appuyer sur les fonds propres de ses partenaires, et sur une campagne de collecte de fonds. Dès septembre 2019, le site accueillera une quarantaine d’élèves. L’effectif devrait rapidement augmenter par la suite, pour atteindre 500 étudiants dans quelques années.

Reste que s’implanter au coeur de l’Afrique est une formule certes séduisante, mais qui se heurte à l’instabilité de certains pays, et surtout au manque d’infrastructures (Internet, moyens de transport) comme à l’éloignement de la métropole. C’est pourquoi d’autres institutions préfèrent miser sur des pays plus proches et réputés plus stables – notamment la Tunisie et surtout le Maroc. Elles utilisent alors ces implantations comme autant de plateformes (« hubs ») ayant vocation à drainer des étudiants de toute l’Afrique de l’Ouest, voire de l’ensemble du continent. Le Maroc accueille ainsi plusieurs institutions françaises, comme Toulouse Business School à Casablanca ou, également à « Casa », Grenoble EM, partenaire de longue date de l’ESCA, une école de management reconnue dans le royaume.

Sylvain Orsat, directeur de l’Eigsi.

Toujours à Casablanca, l’Eigsi (Ecole des ingénieurs en génie des systèmes industriels) de La Rochelle a ainsi inauguré récemment, après une douzaine d’années de présence dans la ville, un campus qui accueille déjà 150 étudiants venus du Maroc et du reste de l’Afrique, et qui conduit au niveau bachelor. Les étudiants peuvent ensuite effectuer leurs années de master en France. L’Eigsi Casablanca est même la première école d’ingénieurs française à délivrer son diplôme sur un campus étranger. Coût de la scolarité : 4.600 euros par an, au lieu de 7.000 dans l’Hexagone. « Les étudiants d’Afrique subsaharienne n’ont pas de difficultés pour venir à Casablanca, indique Sylvain Orsat, le directeur de l’Eigsi. D’autant que le coût de la vie y est bien moins élevé qu’en France. De plus, l’Internet fonctionne très bien : c’est un atout majeur pour l’école. »

Mais pour que cette stratégie africaine donne des résultats, il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies. Que les étudiants et diplômés africains, en premier lieu, s’intéressent au devenir de leur pays, et ne se contentent pas d’assurer leur réussite individuelle. Que les établissements français sachent se montrer audacieux et ambitieux dans leur approche de l’Afrique, compte tenu de l’importance de l’enjeu. Que les gouvernements africains se mobilisent vraiment sur la question de l’enseignement supérieur – comme le fait le Maroc. Enfin, il faut que tous les acteurs en finissent avec certaines pratiques du passé et partagent un même but : tendre vers l’autonomie éducative de l’Afrique. Même si, chacun en est bien conscient, celle-ci est encore lointaine.

La communauté de l’enseignement supérieur français ne peut se désintéresser de l’Afrique. Elle ne peut se détourner d’un continent avec lequel la France possède une histoire commune – même si celle-ci a parfois été douloureuse – et avec lequel elle partage la même langue. 

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Un commentaire à Une autre voie pour former les étudiants africains

  1. >Comment faire en sorte que l’Afrique dispose enfin des talents nécessaires pour entrer dans une nouvelle ère, celle du développement ?

    Supprimer toutes les filières sociologie, historique, politico philosophie, etude de genre et ne leur former que des agronomes ingenieurs, medecins, architecte, urbaniste biologiste physiciens.

    Suffit de lire le nombre d’articles sur les ‘etudiants’ d’afrique, pour constater que l’on fait plutot l’inverse.

     

    blog.lemonde.fr

Abdourahmane

Written by Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

Directeur Commercial Homme/Femme/Directeurs de zone/Directeur principal/Directeur Marketing/Directeur Administratif et Financier/Coordonateur régional/Directeur Commercial sénior/Consultant-Chef des opérations/ONG ALIMA/Capacity Building Officer/Agent de Développement/Directeur Crédit/Directeur clientèle

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