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Augmentation des frais de scolarité des étudiants étrangers : «Si j’avais su, je ne serais pas venu»

conférence des présidents d'université/frais de scolarité/frais de scolarité des étudiants étrangers
Students walk past a banner reading "Tolbiac against Macron" in front of the Tolbiac Campus at the Sorbonne University Paris 1 as part of a protest to change the university system, in Paris, France, December 5, 2018. REUTERS/Charles Platiau

Quelque 2 000 étudiants et lycéens ont protesté ce jeudi à Paris contre la réforme des frais de scolarité à l’université, qui prévoit une très forte augmentation pour les étudiants extra-européens.

Il devait s’agir d’une manifestation fixe et courte, les lycéens et étudiants mobilisés contre l’augmentation des frais de scolarité pour les étudiants étrangers (hors Union européenne) en ont finalement été quittes pour deux bonnes heures de marche, dans une ambiance bon enfant. Ce jeudi 6 décembre après-midi, quelque 2 000 jeunes gens se sont regroupés devant le siège parisien de Campus France, l’organisme public qui promeut l’université française à l’étranger et organise l’accueil des étudiants venus d’autres pays. Devant le bâtiment fermé, on pouvait lire sur quelques pancartes ou entendre scander dans les bouches : «Nos poches sont vides, leurs caisses sont pleines», «Facs ouvertes à tous les étrangers ! Facs fermées aux intérêts privés !», «L’éducation n’est pas à vendre», «L’éducation n’est pas une marchandise»

Pour Julia (1), qui étudie l’histoire-géographie à la Sorbonne, «la situation est intolérable, c’est une mesure discriminatoire. On est là pour montrer notre fraternité avec les étudiants étrangers, dont les parents ont fait des sacrifices monstres pour les inscrire dans des lycées français dans l’espoir de les envoyer en France faire des études brillantes et gratuites. Ceux qui je connais, ils sont plus dégoûtés qu’autre chose…» Marc, étudiant en arts plastiques à Paris-VIII, juge également la mesure «foncièrement injuste. Rendre l’université payante, c’est remettre en cause la possibilité même de faire des études. Je le vois bien en arts plastiques, ça ne fournira pas un travail qui permettrait de rembourser un prêt étudiant… Pas mal d’étudiants africains, notamment un étudiant en théâtre sénégalais que je connais, se demandent s’ils pourront continuer. Ils sont dégoûtés et remettent en cause tout leur programme».

«Je vais m’endetter auprès de ma famille»

Arrivée cette année d’Algérie «pour la qualité des études», Nassim, qui termine sa licence d’informatique à Paris-VIII, le dit avec émotion : il va avoir beaucoup de mal à assumer cette hausse de frais de scolarité. «Je vais m’endetter auprès de ma famille, je n’ai pas d’autre solution. Ma famille va économiser mais ce sont de simples fonctionnaires.» A son côté, Adel, étudiant dans la même université et venu lui aussi d’Algérie, assure que même si ses parents gagnent «dix fois le smic algérien», soit un peu plus de 1 630 euros mensuels, cette réforme va le mettre en difficulté : «Si j’avais su, je ne serais pas venu. Pour les Subsahariens, c’est pire.» Et d’alpaguer Bari, un étudiant en économie originaire de Guinée : «Il est à combien le smic chez vous ?»

Bari, qui se verrait bien banquier ou membre d’une organisation économique internationale, est formel : il devra arrêter ses études si la réforme est maintenue. «Je suis le seul enfant de la famille qui étudie en France, mais mes parents sont pauvres, je ne vais pas pouvoir payer.» Sadio, qui étudie lui la sociologie et vient du Sénégal, partage l’inquiétude de son camarade : «C’est d’autant plus impossible de payer que nos visas limitent le nombre d’heures où l’on peut travailler à côté, dans des jobs étudiants.» Pour ce jeune homme, dépenser l’équivalent de «deux millions de francs CFA serait un mauvais investissement car rien ne me garantit ensuite une insertion professionnelle. Si j’avais cette somme, je ne la mettrais pas dans les études, c’est impensable !» sourit-il.

Anna (1), étudiante en danse et en sociologie venue du Brésil, explique aussi que la réforme l’«empêcherait de continuer en doctorat. C’est une mesure qui ferme les frontières, qui est raciste et classiste, et même sexiste dans la mesure où elle empêchera des femmes qui auraient besoin de quitter leur pays de venir en France. Elle rend la sélection sociale et raciale encore plus forte dans l’éducation. C’est autant une mesure de politique migratoire qu’une politique éducative».

«Ce n’est pas un mouvement homogène mais c’est la même colère»

Si les étudiants étrangers s’inquiètent donc de leur capacité à poursuivre, dans l’immédiat, leurs études, leurs camarades français se sentent aussi visés sur le long terme : «Cette réforme est faite pour diviser et elle va être étendue à l’ensemble des étudiants, c’est une certitude. Macron transforme l’éducation dans le sens de la demande patronale», juge Emma, étudiante en licence d’histoire. Pour elle, qui s’était déjà mobilisée au printemps contre la réforme de l’entrée dans l’enseignement supérieur et Parcoursup, la manifestation de jeudi dépassait le seul cadre de la réforme des frais de scolarité. «Evidemment qu’on est solidaires avec les gilets jaunes, poursuit la jeune femme, proche du Nouveau parti anticapitaliste. Ce mouvement est une lame de fond contre Macron et sa politique, contre les salaires hyper bas, les cadences terribles… Les secteurs qui ne se sont pas bougés pendant la loi travail sont en train de se réveiller contre cette politique».

Même idée chez Julia, qui «se sent solidaire des gilets jaunes. Ce n’est pas un mouvement homogène mais c’est la même colère». Marc, lui, envisage davantage une «lutte commune» qu’une «convergence des luttes» afin de ne pas voir diluer dans l’ensemble les idées des étudiants : «On a des revendications communes [avec les gilets jaunes] mais on doit aussi faire entendre nos revendications à nous.»

Corentin, étudiant en histoire-géographie, arbore à son veston un carré de tissu rouge, un symbole emprunté aux étudiants québécois. «L’idée c’est de le mettre tous les jours, pour intriguer, susciter le débat, c’est plus efficace qu’un tract», explique-t-il. Proche de La France insoumise, il juge que la hausse des frais de scolarité vise à «chasser les précaires pour attirer les élites. C’est une mesure antisociale et xénophobe. La devise de notre république comporte les mots égalité et fraternité, mais cela doit s’appliquer aux gens du monde entier».

«Si Macron était vraiment écolo, il serait anticapitaliste»

Pour lui aussi, le mouvement des gilets jaunes est enthousiasmant, même s’il faudra veiller à être «intransigeant» contre les dérives racistes et homophobes constatées çà et là : «En 2016, ceux qui se mobilisaient contre la loi El Khomri étaient plutôt citadins, là c’est les prolos de la campagne, à qui on retire les services publics, qui se mobilisent. On est dans un contexte prérévolutionnaire, avec un climat insurrectionnel, où tout est chamboulé. Ça n’a jamais été aussi fort depuis Mai 68, maintenant que la machine est lancée il faut bloquer plus que les routes : les ports, les raffineries… Porter un vrai coup au capitalisme ! On ne peut pas louper le coche !» L’étudiant ajoute, souriant : «La taxe carburant contre laquelle les gilets jaunes se battent, c’était du green washing : si Macron était vraiment écolo, il serait anticapitaliste au lieu d’être libre-échangiste.»

Après avoir crié quelques slogans, les manifestants ont fait route vers la place de la République, puis celle de la Bastille, avant de se disperser sur le parvis de la gare de Lyon peu avant l’arrivée d’une quarantaine de policiers et gendarmes, repartis presque aussitôt. Tout s’est déroulé assez calmement, sans grosse dégradation – on a vu une barrière de chantier jetée à terre près de la Bastille et une porte vitrée brisée à la gare de Lyon, soit pas grand-chose comparé aux derniers rassemblements parisiens. Fait notable, tout au long du trajet, si quelques commerces ont tiré leur rideau – un Franprix, deux photographes et une agence bancaire aux agents paniqués – les passants et les badauds à leurs fenêtres jetaient des regards et faisaient des signes de la main bienveillants aux étudiants. On a ainsi vu deux jeunes femmes crier «Macron, démission !» depuis le dernier étage de leur immeuble, ou un homme âgé offrir un large sourire, pouce en l’air, aux étudiants qui lui expliquaient leur démarche. Même les automobilistes, dont la circulation était pourtant entravée, se sont montrés patients, certains émettant quelques bruits de klaxon de soutien.

liberation.fr

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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