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Le Sénégal, sa démocratie et ses référendums

La démocratie désigne le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par le peuple suivant le principe de l’égalité comme le rappel, d’ailleurs le célèbre axiome d’Abraham Lincoln lorsqu’il affirme que la démocratie est : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».  A l’heure actuelle, elle constitue un buzzword aussi bien au Sénégal qu’à l’international. Eu égard à l’évolution de la démocratie Sénégalaise, elle a connu un parcours singulier comparé à bien nombre de pays africains. C’est à ce titre que d’aucuns estiment que le Sénégal constitue une « vitrine démocratique » dans un désert d’autoritarisme. En effet, si tant est qu’il puisse exister plusieurs régimes démocratiques, comme le prétexte Farid Zakaria, le Sénégal présente un modèle intéressant qui mérite d’être valorisé, amélioré et sauvegardé par tous les citoyens du pays. Quelles seraient les origines de cette démocratie tant vantée par les politiques, les institutions internationales ?

Par principe, le référendum constitue un acte «  positif  de bonne démocratie » dans la mesure où elle permet aux populations de se prononcer sur une question du gouvernement. En effet, il participe à la bonne santé civique d’une nation, car il permet la participation des citoyens à l’action gouvernementale. C’est ce que souligne cette étude de Austin RANNEY, Référendum et Démocratie : « Seule la participation directe – une activité explicitement publique – est la forme la plus efficace d’éducation civique à la démocratie. L’influence politique édifiante de la participation a été soulignée des milliers de fois depuis que Rousseau, puis Mill et Tocqueville ont suggéré pour la première fois que le meilleur moyen d’enseigner la démocratie était de la pratiquer…». Combien de référendum compte le Sénégal ? Dans quel contexte ces scrutins étaient-ils organisés ? Quelle est la lecture qu’il faut avoir des élections référendaires au Sénégal ? Ces dernières constituent autant de questions auxquelles cet exposé tentera de répondre, notamment en perspective des élections référendaires de demain.

Une démocratie multicellulaire

Les origines de la démocratie sénégalaise remonteraient dans la période coloniale. En effet, de l’avis de nombre d’historiens la démocratie sénégalaise moderne est résultante d’une marche longue et périlleuse dont la genèse pourrait parvenir de l’ordonnance de 1833. Cette dernière a accordé à certains ressortissants libres de la colonie, la citoyenneté française. A partir de cette date, la vie politique sénégalaise a évolué avec notamment des moments phares de son histoire. En effet, en 1840, est créé le conseil général de Saint-Louis qui permet aux commerçants de discuter des questions d’intérêt local, de parler du budget, du commerce, et de voter des recommandations destinées au gouverneur. Dans cette même logique, au lendemain de la révolution française, le Sénégal disposait du droit de désigner un représentant au Parlement. Mais c’est en 1914 qu’un noir est élu pour la première fois. En réalité, il s’agissait de Blaise Diagne qui va accorder la citoyenneté aux quatre communes, en 1916. Ces années et celles qui suivirent constituent sans nul doute des moments phares de la consolidation de la démocratie sénégalaise par des « avancées laborieuses de notre démocratie ».

Pour mémoire, l’histoire de la démocratie sénégalaise remonte de beaucoup plus loin dans le passé notamment au XVIII siècle, dans le Nord du Sénégal, plus exactement au Fuuta Tooro. En effet, les principes actuels de la démocratie moderne ont existé dans ce royaume. Pour qualifier la situation de cette époque, le Professeur Ahmadou Mackhtar MBOW a affirmé dans sa thèse que : « Le renversement, en 1776, de la dynastie des Deeniyankkobe2 est une véritable révolution par la façon dont il s’est opéré comme par ses objectifs. Cette révolution constitue une rupture avec toutes les pratiques connues jusque-là dans le Fuuta Tooro. Elle ne vise ni à changer de dirigeant dans une continuité dynastique, ni à conquérir le pouvoir au profit d’un homme. Elle est une œuvre collective d’intellectuels voués au salut public, qui se fixent comme objectif de créer un nouveau type d’État fondé sur des principes de démocratie et sur le règne de la justice et de l’équité. » C’est cette logique qui animait le mouvement de réforme dirigeait à l’époque par Souleymane Baal. Cette réforme avait pour but majeur d’instaurer dans le royaume une nouvelle mode de pensée et d’agir qui allait par ailleurs « inspirer la déclaration des droits de l’homme ». Il s’agissait entre autres d’instaurer les principes de la démocratie notamment par le mode d’élection, l’égalité devant la justice, l’impôt. Par ailleurs, les recommandations de ces révolutionnaires donnaient la possibilité aux administrés de participer à la gestion de leur terroir. (Les recommandations de Ceerno Suleymaan Baal, fondateur de l’Almaamiyat (1770-1880) de M. Mamadou Youry SALL)

Le Sénégal, ses quatre référendums

La bonne marche de la démocratie exige la tenue d’élections, la participation du peuple à l’action gouvernementale, ce qui justifie sans nul doute la tenue des référendums dans les démocraties modernes. Depuis le XVIe le monde en totalise plus de 800 dont quatre cents se sont déroulés en Suisse. Fidèle aux principes démocratiques, le Sénégal dénombre quatre référendums dont trois post indépendances.

C’est en 1958 que le premier référendum fut organisé au Sénégal. Ce référendum intervient dans un moment où le Sénégal est alors une colonie de la France. A ce titre, les colonies françaises devaient approuver par le référendum leur intégration dans une communauté française, préalable à leur indépendance, en répondant à la question de savoir : «  Approuvez-vous la Constitution proposée par le Gouvernement de la République ? ». Le vote s’est soldé par au Sénégal par un Oui massif de 99,45%  après une campagne des leaders de l’époque en faveur du maintien du Sénégal dans la communauté  française. C’est au total 1 100 823 électeurs qui s’étaient inscrits avec un taux de participation de 81,1% (http://africanelections.tripod.com/sn.html#1970_Referendum, les statistiques des élections).

Le Sénégal indépendant organise son premier référendum, le 3 mars 1963 dans des moments tristes de son histoire. En effet, l’amitié de longue date des hommes politiques emblématiques Mamadou DIA et Léopold Sédar SENGHOR est secoué lorsque le Président poète accuse le Président du conseil de formater un coup d’Etat à son encontre. Mais aujourd’hui, l’histoire a retenu que le président de l’époque Léopold Sédar Senghor a écarté du pouvoir le président du conseil. En ce sens après l’arrestation de ce dernier le 18 décembre, il est organisé au Sénégal trois mois plus tard, un référendum pour l’adoption d’une nouvelle constitution dont la quintessence fut l’abolition du poste de Premier ministre. C’est avec une majorité écrasante que le Oui l’a emporté au soir du vote. En effet, sur les 1 232 479 inscrits seuls 6 349 suffrages ont été exprimés en faveur du Non. C’est ce qui a consacré la suppression du poste de premier ministre, en 1963.

L’histoire vacille ou encore évolue en dents de scie,  ce qui explique sans nul doute le référendum de 1970  pour un retour du poste de Premier ministre qui fut supprimé dix ans plus tôt. Cette restauration permit par la suite la consécration de M. Abdou DIOUF au poste de Président de la République suite à la démission du président poète en 1980. Comme à l’accoutumée, les citoyens de la nouvelle république votèrent en faveur du Oui avec un taux de participation de 95, 2%.

C’est trente ans plus tard que le Président Abdoulaye WADE, fraîchement élu, sous la mouvance de la première alternance, a organisé le quatrième référendum du Sénégal. Ce dernier a doté le Sénégal d’une nouvelle constitution. A ce titre, le Président de la République a supprimé le Sénat, mais l’objectif majeur était de réduire la durée et le nombre de mandats du président de la  République de sept à cinq. Ce référendum marqué par un taux de participation de 65,74% a également été soldé par une victoire écrasante du Oui. C’est au total 98,41% des suffrages exprimés qui ont approuvé cette décision du Gouvernement. Quoique cette question du mandat reste d’actualité après qu’elle fut remise à sept ans par le pouvoir législatif de 2008. A tort ou à raison ? L’assemblée nationale de l’époque avait-elle le droit, les prérogatives de revoir cette disposition de la constitution ?

Actuellement, le « camp du OUI » et le « front du NON » s’opposent pour faire peser la balance en leur faveur. Le Sénégal s’engage une nouvelle fois, sous l’ère du Président Macky SALL, dans une élection référendaire le 20 mars prochain dont l’objectif est une révision de la constitution de 2001. Le référendum cristallise tous les regards et les débats. A ce titre, les chaînes de télévision par des publireportages, les radios par des débats politiques, la société numérique par des bannières publicitaires, des post sur les réseaux sociaux façonnent la vie des Sénégalais depuis plus d’un mois. Ces derniers jours la campagne référendaire est plus tendue avec des heurts notés dans la banlieue dakaroise, à Ziguinchor, à Saint-Louis, etc. En réalité, la voix revient aux peuples pour se prononcer sur des questions nouvelles proposées par le gouvernement. Le choix du OUI ou du NON constitue une décision personnelle à prendre seule dans l’urne au jour du 20 mars.

A la lumière de ce qui précède, les référendums au Sénégal se suivent et se ressemblent dans une démocratie vielle et belle de par sa tradition multicellulaire. Mais ces derniers évoluent dans un labyrinthe repassant continuellement sur les mêmes chemins déjà parcourus évoluant ainsi dans un éternel recommencement. Pour exemple, les deux premiers référendums du Sénégal indépendant se sont évertués à abolir et à restaurer le poste de Premier ministre. Par ailleurs, les deux derniers se consacrent à la question du nombre et de la durée du mandat du Président. Tout bien considéré, il est important de participer à la bonne marche des institutions, le référendum constitue à bien des égards un moment fort qui offre cette possibilité aux citoyens. Alors, celui-ci sera encore une occasion de montrer au monde la splendeur de la démocratie sénégalaise en ne votant pas par intérêt individuel, mais pour la cité. Alors au-delà les oppositions et les contradictions naturelles, les kyrielles politiques, les rixes entre les protagonistes, qui ternissent le champ politique, le jour se lèvera sous un soleil radieux le 21 mars, Inshallah !, restons UNI pour l’unité de la nation Sénégalaise.

SERIGNE  MOUHAMADOU NDIMBLANE

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