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Next Einstein Forum: Nouveaux visages de l’excellence scientifique en Afrique

NEF-Portraits

Portraits de cinq talents africains de moins de 42 ans présents la semaine dernière à la 2e édition du Next Einstein Forum, une initiative qui vise à promouvoir l’excellence scientifique sur le continent.

Le Next Einstein Forum (NEF), une intiative dont l’objectif est de promouvoir l’excellence scientifique en Afrique, a présenté la semaine dernière à Kigali, au Rwanda, les vingt jeunes scientifiques de moins de 42 ans de sa promotion 2017-2019. Nous vous présentons ici trois de ces lauréats, ainsi qu’une ambassadrice du NEF et un chef d’entreprise prometteur invité à la 2e édition de ce sommet.

Lauréate: Aminata Garba, des télécoms à l’Internet des objets

Aminata Garba


Coquette, Aminata Garba refuse de dévoiler son âge. Après des études à Niamey (Niger), elle a suivi une formation au Canada, à l’université Laval, et décroché un doctorat en génie électrique et informatique à l’université McGill, à Montréal, en 2009. La jeune femme a ensuite dirigé le régulateur des télécoms au Niger pendant deux ans. Puis, elle s’est installée à Kigali comme professeur assistante de la succursale de la prestigieuse université américaine Carnegie-Mellon, où elle dirige depuis un centre de recherche collaboratif.

Experte dans la modélisation des données pour les télécoms, elle conduit un projet scientifique sur «l’Internet des objets appliqué à l’irrigation de l’agriculture avec des outils peu coûteux et un système automatisé, sans Internet», explique-t-elle. Sa maquette devra évoluer après une recherche multidisciplinaire qu’elle espère conduire avec des agronomes, pour tenir compte du fait qu’«il pleut beaucoup au Rwanda, mais pas partout ni tout le temps». De plus, «une alternance des variétés cultivées pourrait avoir un impact favorable sur les rendements, la résistance des cultures et l’irrigation», complète une agronome.

Par ailleurs, Aminata Garba milite pour le «développement de points d’échange Internet dans chaque pays d’Afrique pour éviter que les données à l’intérieur d’un même pays africain transitent par l’Europe et reviennent, via des prestataires qui se font rémunérer». Elle comprend intimement les limites des réseaux africains de télécommunications et suggère des modernisations à y apporter.

Lauréat: Peter Ngene, spécialiste nigérian des nanomatériaux aux Pays-Bas

Peter Ngene.

À 39 ans, le Nigérian Peter Ngene espère un renouvellement de son contrat à l’université d’Utrecht (Pays-Bas), qui s’achève en 2020, et n’a pas de projets immédiats pour retourner vivre en Afrique.

Docteur en chimie inorganique, il est devenu expert des nanomatériaux qui peuvent capter de l’hydrogène ou, au contraire, en libérer. Une caractéristique très utile pour de futurs véhicules électriques fonctionnant à l’hydrogène, ou pour le développement de batteries.

Il a aussi créé des capteurs originaux. En jouant sur la composition des cristaux, il arrive à modifier la distance entre deux atomes. Ces matériaux changent de couleur en fonction de la concentration en hydrogène dans l’air, piégée à l’intérieur des métaux. «En soufflant sur notre petit capteur, il est possible de voir instantanément le niveau d’intolérance au lactose d’une personne», explique par exemple le scientifique. Car plus l’intolérance est grande, plus le souffle du patient est chargé en hydrogène. Et d’ajouter: «C’est plus rapide, plus efficace et moins coûteux qu’un test d’une journée à l’hôpital avec un spectromètre.» Une nouvelle version du capteur, plus précis, a fait l’objet d’une publication dans Nature Communications, en novembre dernier, dont il est le premier auteur. Cette innovation «servira au monde entier, pas seulement à l’Afrique».

Mais il a délaissé, à regret, ses anciennes recherches, pour consacrer son temps aux nouveaux hydrures de métaux pour les batteries. Outre ses travaux, Peter Ngene consacre deux à trois semaines par an, depuis 2013, à enseigner les nanomatériaux à l’université africaine des sciences et des technologies d’Abuja, au Nigeria.

Lauréate: Rym Kefi étudie les mouvements de populations à l’Institut Pasteur de Tunis

Rym Kefi.

Après un troisième cycle en France (master et doctorat) financé par une «bourse d’élite» obtenue sous l’ère de l’ancien président tunisien Ben Ali, Rym Kefi, 39 ans, a fait le choix de revenir en Tunisie en 2005. «J’avais le devoir de renforcer les capacités dans mon pays», justifie la jeune femme qui a d’abord travaillé «18 mois bénévolement à l’Institut Pasteur de Tunis (IPT)», avant d’y être embauchée en 2009 «en étant moins bien payée que pendant ma bourse doctorale accordée par le CNRS».

À la faculté de médecine de la Timone, à Marseille, elle se fait la main sur «l’anthropologie moléculaire qui permet de mieux comprendre l’histoire et les mouvements de populations». Elle élabore ainsi des méthodes pour extraire de l’ADN de squelettes très anciens, notamment ceux de la grotte de Taforalt, dans le Maroc actuel, et dans un abri-sous-roche à Afalou en Algérie. Rym Kefi démontre que la structure génétique des populations nord africaines, dites «ibéro-maurusiennes», était exempte de traces subsahariennes il y a 13.000 ans. Actuellement ses travaux de recherches portent sur l’étude de la diversité génétique des populations nord africaines, la caractérisation moléculaire de maladies génétiques et le typage génétique en médecine légale.

Présélectionnée comme ambassadrice du NEF, dès septembre 2017, Rym Kefi a pu élargir son réseau international de scientifiques et côtoyer des prix Nobel. «J’ai pu être repérée et invitée au World Economic Forum, à Dalian, en Chine, où de précieux conseils m’ont été donnés, notamment sur l’équilibre à trouver entre mes recherches et ma vie de famille», précise la biologiste qui a collaboré à plus de 70 publications scientifiques.

Ambassadrice du NEF: Arielle Kitio, de la tuberculose à la programmation

Arielle Kitio

Arielle Kitio, qui boucle son doctorat en «génie logiciel appliqué» à l’université Yaoundé 1, étudie la surveillance épidémiologique de la tuberculose. «Le coût est multiplié par deux pour le système de santé du Cameroun en cas de rechute d’un malade atteint par la tuberculose. Et le risque de mourir dans les deux semaines grimpe à 70% en cas de deuxième rechute», indique, sans ciller, la jeune femme de 26 ans, grande et souriante, ambassadrice du NEF pour le Cameroun. Le système de surveillance épidémiologique de la tuberculose, développé avec l’équipe du laboratoire international UMMISCO (Unité mixte de modélisation mathématique et informatique des systèmes complexes), a déjà permis de suivre plus de 4000 patients. Et cette étude pourra servir à détecter et à prédire d’éventuels foyers d’infection dans le pays.

Parallèlement, la jeune femme a créé «un langage et un environnement ludique de programmation construit sur la structure des phrases en français, qui se rapproche du langage naturel, pour aider les jeunes francophones de 7 à 15 ans à être facilement initiés à la programmation créative, sans que l’anglais ne soit un frein», explique-t-elle. Elle développe cette activité via sa start-up Caysti et espère lancer la dernière version de son «abcCode» à l’Institut français de Yaoundé en mai prochain.

Chef d’entreprise: Oshiorenayo Agabi tente l’aventure de la bioélectronique dans la Silicon Valley

Oshiorenayo Agabi.

Le nigérian Oshiorenayo Agabi tente, avec une belle réussite, une carrière internationale dans la Silicon Valley dans la bioélectronique. «Seulement 6 des 15 personnes de mon équipe sont Américains», précise le chef d’entreprise polyglotte (il parle six langues). Il continue de recruter pour sa «start-up» fondée en 2015. Oshiorenayo Agabi vise de «20 à 30 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2018, contre 10 l’an dernier, surtout auprès du secteur de la défense».

 

Baptisée Koniku («immortel» en Yoruba), sa start-up propose des capteurs qui détectent notamment de la drogue et des explosifs. Ils fonctionnent avec des neurones génétiquement modifiés reliés par une électrode à un composant électronique. Le neurone émet un courant électrique, mesuré très rapidement par la partie électronique du dispositif, lorsqu’il détecte une trace de certains composés organiques dans l’air (en seulement 25 millisecondes). «Cette année nous allons développer des capteurs pour des applications dans la santé et le goût», précise Oshiorenayo Agabi qui revendique le dépôt de plus d’une dizaine de brevets et quinze années d’expérience, notamment à l’Imperial College de Londres, à l’ETH de Zürich (Suisse) et à l’université Umea (Suède), après une formation initiale en physique à Lagos (Nigeria). Il n’est pas «lauréat» ni «ambassadeur» et avoue «ne pas comprendre pourquoi il a été invité» au NEF. Il s’interroge plutôt sur le pays dans lequel il implantera sa filiale en Europe que sur un retour rapide en Afrique.

lefigaro.fr

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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