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Incertitudes autour de la provenance de la première œuvre «restituée» à l’Afrique

Sabre d'El Hadj Oumar Tall

Selon l’historien Francis Simonis, le sabre attribué au chef de guerre El Hadj Oumar Tall «n’a jamais appartenu à son prétendu propriétaire».

Dans une tribune publiée dans Le Monde, l’historien Francis Simonis soutient que le sabre attribué à El Hadj Oumar Tall n’a jamais appartenu à son propriétaire supposé. Depuis 1994, les descendants de ce chef religieux et conquérant toucouleur, né à la fin du XVIIIe siècle, exigeaient que l’objet, jusqu’alors exposé au Musée de l’armée à Paris, leur soit rendu. C’est chose faite depuis le 17 novembre et sa restitution en grande pompe au président sénégalais Macky Sall, à l’occasion de la visite d’Édouard Philippe à Dakar. Qu’importe, donc, si la provenance du sabre n’est pas avérée.

Francis Simonis pointe du doigt des incohérences du récit proposé autour de «ce sabre d’infanterie modèle 1821 forgé par Coulaux et Compagnie à Klingenthal (Alsace)». La description dont l’arme faisait l’objet au Musée de l’armée était lapidaire. «Sabre ayant appartenu à El Hadj Oumar Tall», pouvait-on lire. Le musée restait évasif quant aux conditions et aux dates de l’entrée de l’arme dans ses collections. Selon l’historien, il est vraisemblable qu’elle ait été prise en 1893 à Ahmadou Tall, le fils d’El Hadj Oumar Tall. «Le site Internet du ministère des Armées précise depuis le 18 novembre que ce sabre a été rapporté en France par le “général” (il était en fait colonel) Louis Archinard et qu’il est conservé depuis 1909 par le Musée de l’armée», poursuit l’historien.

Selon ses recherches, le gouverneur du Sénégal Louis Faidherbe, qui cherchait à signer un traité d’amitié avec El Hadj Oumar Tall, «fit parvenir à son fils un sabre d’une valeur de 400 francs en 1864». Mais un témoignage laisse à penser qu’il ne s’agit pas du sabre restitué. «Le lieutenant de vaisseau Eugène Mage, missionné par Faidherbe pour sceller ce rapprochement, a vu l’objet et parle d’un “magnifique sabre avec un fourreau de velours vert et une garniture en argent”, ce qui ne correspond pas à l’arme que nous connaissons», explique Francis Simonis.

«Aucune source historique, locale ou européenne, ne fait la moindre allusion à un sabre européen qu’aurait possédé El Hadj Oumar Tall. Il est difficile de croire, en effet, que le conquérant toucouleur se soit servi d’un sabre fabriqué par des chrétiens pour mener le djihad!», note Francis Simonis. De surcroît, le chef religieux est mort en 1864 dans une explosion et son corps n’a jamais été retrouvé. Il semble donc impossible à l’historien que le sabre ait pu tomber aux mains des Français, qui ne sont arrivés sur place que 30 ans plus tard.

Cet imbroglio a été passé sous silence lors de la cérémonie du 17 novembre. Sur l’autel de la politique de restitution prônée par Emmanuel Macron, l’exactitude historique serait sacrifiée. «Le processus de restitution est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter, au prix, s’il le faut, de petits arrangements avec l’histoire, déplore Francis Simonis. C’est là un étrange signal qui est envoyé à l’Afrique: la première œuvre qui lui est “restituée” est un objet européen qui n’a passé que quelques années sur le continent et n’est en rien ce que l’on dit qu’elle est.»

 

 

 

lefigaro.fr

Abdourahmane

Written by Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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