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Trou noir, homéopathie… Les cinq événements qui ont marqué la science en 2019

science en 2019/l'entropie

Le Figaro livre sa sélection des moments-clés de la science cette année… et ceux qui sont les plus attendus pour 2020.

1. Portrait d’un trou noir

C’est sans conteste la plus grande prouesse scientifique de l’année, et tout simplement la première fois que l’on a pu «voir» un trou noir «pour de vrai».

Pour réaliser ce cliché stupéfiant dévoilé en avril, il aura fallu que tous les plus grands radiotélescopes du monde entier se coordonnent et pointent en même temps vers le trou noir central supermassif niché au cœur de la galaxie elliptique supergéante M87. On distingue ainsi l’ombre de cet ogre, au centre de l’image, qui se détache sur un fond lumineux constitué de gaz et de poussières s’apprêtant à s’effondrer dans sa gueule béante. Magique.

2. L’homéopathie déremboursée

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ArCaLu/Shutterstock / ArCaLu

Ce fut l’un des grands débats médicaux de l’année en France: fallait-il oui ou non continuer de rembourser les préparations homéopathiques, des «médicaments» dont le principe, imaginé il y a deux siècles et jugé farfelu par ses détracteurs, repose sur la dilution extrême d’une substance qui engendrerait à des doses normales les mêmes symptômes que la maladie visée. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a fini par trancher en juillet, se rangeant à l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS), qui avait jugé «insuffisantes» les preuves de son efficacité. La France, qui était le seul pays avec la Suisse à rembourser l’homéopathie prescrite par un médecin, a ainsi opté pour une politique de déremboursement progressive, faisant passer le taux de prise en charge de 30 % à 15 % au 1er janvier 2020, puis à 0 % au 1er janvier 2021. Agnès Buzyn a souligné que cette décision n’empêcherait pas les médecins de continuer à en prescrire, ni les Français d’en acheter. Le marché français, estimé à 620 millions d’euros, est le plus important au monde.

3. Climat: les états sans solution

(c) Pierre Vernay / Biosphoto/(c) Pierre Vernay / Biosphoto

Cette année fut marquée par une 25e conférence sur le climat (COP25) particulièrement décevante. Aucun accord sur les marchés carbone, aucun consensus sur les méthodes d’analyse des promesses de réduction des émissions présentées par les États à Paris en 2015, lors de la COP21. Tout a été reporté à 2020… Dans le même temps, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) a rendu deux rapports spéciaux alarmants en 2019, l’un sur la dégradation des sols, l’autre sur les océans et la cryosphère, rappelant l’urgence climatique extrême à laquelle le monde est confronté.

4. La Chine sur la face cachée de la Lune

Chinese Academy of Sciences / China National Space Administration / The Science and Application Center for Moon and Deepspace Exploration / Emily Lakdawalla

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que des exploits spatiaux fassent l’actualité en 2019. Le 1er janvier, la sonde américaine New Horizons survolait pour la première fois de l’histoire un objet de la ceinture de Kuiper, au-delà de l’orbite de Pluton. Mais la Chine lui volait la vedette deux jours plus tard en se posant sur la face cachée de la Lune, ce qui n’avait encore jamais été tenté. (voir les images ici) La sonde Chang’e 4 est partie début décembre 2018, emportant un petit rover, Yutu-2, petit frère du «Lapin de jade» déployé en 2014 pour le premier alunissage chinois. Contrairement à son aîné, Yutu-2 fonctionne toujours et a déjà parcouru près de 350 mètres sur la Lune. Il a notamment battu le record de durée établi par le rover soviétique Lunokhod 1 en 1971.

5. Les premiers singes bipèdes sont bavarois

(Artist’s impression: ) Velizar Simeonovski

Aucun paléoanthropologue ne remet en question l’origine africaine de l’homme moderne. Mais que s’est-il passé avant? Quels chemins évolutifs nos ancêtres plus lointains, plus primitifs ont-ils suivis? En découvrant dans un gisement fossilifère bavarois les restes de grands singes qui marchaient debout dans les arbres, une équipe internationale a repoussé de 4 millions d’années les premières traces de bipédie chez les primates. Remettant du même coup en question l’idée que l’intégralité de l’évolution humaine s’est produite en Afrique. L’année 2019 fut riche dans la discipline, avec la mise au jour d’une nouvelle espèce humaine aux Philippines (Homo luzonensis) et la découverte d’une mâchoire d’un cousin de l’homme moderne, l’homme de Denisova, que l’on ne connaissait que par son génome.


2020, la ruée vers Mars

96863478/sdecoret – stock.adobe.com

On pourrait presque parler d’une invasion. L’année prochaine, quatre missions doivent décoller vers Mars, profitant de la fenêtre de tir qui s’ouvre entre mi-juillet et début août (il y en a une tous les 26 mois). Par ordre croissant d’ambition, nous aurons donc: la première sonde interplanétaire des Émirats arabes unis (lancée par une fusée japonaise) ; la première mission martienne chinoise, baptisée Huoxing-1, composée d’un orbiteur et d’un petit véhicule robotisé ; le rover européen Rosalind Franklin, 2e volet de la mission ExoMars ; le rover Mars 2020 de la Nasa, qui emportera avec lui un petit hélicoptère, une grande première. Avec d’ores et déjà trois lancements prévus en moins de 8 jours (la date du 4e n’a pas été fixée), c’est potentiellement le premier embouteillage interplanétaire de l’histoire qui s’annonce.

Catalogue d’étoiles

Toujours côté espace, mais en astronomie cette fois, deux autres événements sont attendus: le premier portrait du trou noir central de notre galaxie, réalisé par le consortium qui a dévoilé la première image d’un trou noir (voir ci-dessus), et la publication d’une nouvelle mouture du catalogue d’étoiles du satellite européen Gaia, donnant la position, la vitesse et bien d’autres informations sur plus d’un milliard d’étoiles de notre Voie lactée.

Retour sur Terre pour les derniers grands rendez-vous de 2020. Nous commençons par la COP26, qui se déroulera à Glasgow, en Écosse, en novembre prochain. Après l’échec de la COP25 de Madrid cette année, l’agenda s’annonce chargé. Il faudra notamment que les pays s’accordent sur la manière d’analyser leurs «contributions nationales», à savoir les promesses formulées en 2015 au moment de l’adoption de l’accord de Paris, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et qu’ils en publient de nouvelles, plus ambitieuses, avant cette échéance.

Quelques mois plus tôt, le Programme des Nations unies pour l’environnement doit rendre un rapport d’analyse sur les techniques de géo-ingénierie qui permettraient de limiter le réchauffement, que ce soit en absorbant le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère ou en renvoyant une partie du rayonnement solaire. Se tiendra, enfin, en juin, en France, à Marseille, le Congrès quadriennal mondial de la nature de l’UICN. Avec cette question lancinante: que peut-on encore faire pour sauver un monde sauvage en perdition?

 

 

 

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