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Cinq tics de langage qu’on entend trop

tics de langage

«Grave», «en mode», «carrément»… Ils sont partout. Ces «mots béquilles» prolifèrent dans nos conversations du quotidien. Florilège.

Il est aussi toquant que tiquant. Mais voilà le propre du tic. Une fois qu’on l’a en tête, on le répète. Toujours. Tout le temps. Même quand on n’a rien à dire. «Non mais oui», «En fait, tu vois», «genre»… Ils sont harassants, fatigants, exténuants. En un mot: inutiles. Et pourtant… Pas un jour ne passe, pas une phrase ne se termine sans eux. «Ça s’est passé comme ça, quoi», «j’arrive demain, voilà». Tour d’horizon de ces tics de langage qu’on ne veut plus entendre.

● Grave

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce terme n’est pas «gravé» dans le marbre. À l’origine, le mot a déjà plusieurs sens. Issu du latin gravis, «sérieux, digne, puissant», on parle d’une «voix grave» comme d’une «faute grave» ou encore, d’un «homme grave». Une fois happé par les jeunes, son usage a évolué. D’adjectif, il est devenu adverbe pour se transformer, enfin, en interjection. Dans un premier temps, il désigna quelqu’un de «nul, bouché, maladroit» ou pis, un «naze». Jusqu’à affiner un peu sa signification: «une ‘‘meuf grave” signifie une fille ou une femme pénible».

Puis, le «grave» est devenu un synonyme d’«énormément», «extrêmement». En l’occurrence, «J’ai grave aimé ce film!» signifie en réalité «J’ai vraiment aimé ce film!». Une déformation, direz-vous? Il y a pire: lorsque le mot est utilisé pour exprimer sa satisfaction ou encore, son approbation. «Tu ne trouves pas que la matinée a été longue? – Grave!»

● Carrément

«Tu crois que mon entretien s’est bien passé? – Carrément!»

Sec, dur, direct et presque cassant, cet adverbe est à chaque coin de rue et à chaque angle de la pièce. Mais ne prenons pas la tangente et revenons sur l’origine de ce terme. Au XIIIe siècle, «quarreement» caractérise ce qui est coupé à angle droit, au carré. En 1977, Alain Souchon remet ce mot au goût du jour dans une de ses chansons «Carrément méchant, jamais content». Le comble, quand ce mot est associé à un autre adverbe de quantité. Le doublon est efficace. «C’était carrément trop bien!». Voilà la phrase soudainement excessive et accentuée.

● J’avoue

La locution s’emploie dans un premier temps pour faire amende honorable ou pour confesser un péché. Mais elle a pris une tournure bien moins solennelle. Aujourd’hui, le «j’avoue» remplace un «non» ou un simple «oui». Par exemple: «Je trouve vraiment qu’il a exagéré ce matin. – J’avoue!»

Emprunté au latin advocare «convoquer», le verbe «avouer» se retrouve dès l’époque impériale employé dans le sens «avoir recours à quelqu’un comme avocat, comme défenseur». Au XIIe siècle, on y a recours pour «reconnaître pour seigneur celui dont on tient un fief». Puis enfin, au XIVe siècle, le verbe prend le sens de «reconnaître». Un verbe issu du latin recognoscere, signifiant «revoir dans son esprit, rappeler à sa mémoire, examiner» et… «avouer sa faute».

Désormais, la formule est employée pour désamorcer une polémique («C’est vraiment une garce cette fille! – Oui, j’avoue») au pire, elle est utilisée comme synonyme de «grave!» ou de «c’est pas faux!».

● Genre

C’est une véritable invasion. Ce tic se multiplie, s’immisce dans nos conversations. À l’origine pourtant, le mot, emprunté au latin genus, s’emploie comme synonyme des mots «origine, extraction, naissance, race, nation; espèce, genre, sorte, type, manière».

Aujourd’hui, «genre» peut se remplacer par la locution «du style de». Par exemple: «Je n’ai pas osé lui dire la vérité. Alors j’ai répondu en restant vague, genre je ne suis pas au courant…». Il peut aussi s’employer pour qualifier l’étonnement, l’agacement. «Genre, l’autre, il a cru que je le laisserais parler!» Enfin, il peut se faire adverbe: «Tu ne sais pas qui j’ai croisé hier? Notre cousine! – Genre! – Si, si, je te jure!»

«Il fait genre!» entend-on parfois. Comprenons ceci: «Il fanfaronne!». Comme le note Didier Pourqueny, «Colette et les écrivains fin de siècle avaient déjà un mot pour les snobs qui cherchaient à toute force à se donner un genre […] elle parlait des ‘‘genreux”. On trouve notamment cette expression dans les Claudine». En attendant, soyons genreux et évitons la prolifération de cette mauvaise habitude de langage.

● En mode

Être «en mode…» aujourd’hui revient à exprimer à son interlocuteur une manière, un jugement ou un tempérament dans lequel on est. «Ils étaient en mode séduction hier soir», «je suis en mode fatiguée aujourd’hui», «elle était en mode vexée»… À l’origine, l’expression indique «la manière dont se fait telle ou telle chose». On la retrouve par exemple en musique dans les formules toutes faites «en mode majeur» et «en mode mineur».

Puis, le mot est devenu masculin, employé dans le secteur technique et informatique. Exemple: «en mode sans échec», «en mode autonome». Comme nous le rappelle l’Académie française, non seulement cet élargissement sémantique est incorrect, mais élargi à notre vocabulaire dans des expressions aussi anodines que «je suis en mode triste, panique, cool…», ce dernier tendrait à réduire l’homme à une machine.

De même, l’Office québécois de la langue française indique que cette locution un anglicisme: «to be in… mode». En voulant dénoncer cette paresse de langage, nous ne sommes peut-être pas à la mode, mais simplement, au fait.

lefigaro.fr

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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