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Face aux violences scolaires, les enseignants se sentent isolés

violences scolaires

Trop souvent, les professeurs estiment que leur hiérarchie minimise les faits et ne les soutient pas suffisamment.

La parole des professeurs s’est-elle libérée après une longue omerta ? Depuis la mise en ligne d’une vidéo montrant un élève d’un lycée de Créteil braquer une arme – factice – sur son enseignante, des centaines de milliers de témoignages ont déferlé sur Twitter avec le hashtag pasdevague.

Devant l’émoi de la communauté éducative, les ministres de l’éducation nationale et de l’intérieur devaient se réunir vendredi matin 26 octobre pour coordonner l’action des acteurs (collectivités, police, éducation nationale) autour des enjeux sécuritaires. Cette réunion, qui vise à « renforcer l’existant », ne devrait pas fondamentalement changer la façon dont l’éducation nationale gère et appréhende la violence. L’institution « n’a pas attendu cette agression pour s’en préoccuper », souffle-t-on dans l’entourage de Jean-Michel Blanquer. En outre, selon des chiffres du service statistiques de l’éducation nationale sur un échantillon d’établissements, le nombre d’incidents graves dans les établissements scolaires est stable (13,8 incidents pour 1 000 élèves en 2017).

Discours culpabilisants

Mais alors si le ministère prend au sérieux les problèmes de violence et si ceux-ci n’augmentent pas, comment expliquer le nombre de messages affirmant le contraire ? En effet, une constante émerge des réponses des internautes à un appel à témoignages lancé sur le site du Monde : que les faits se soient déroulés il y a peu ou il y a plusieurs décennies, la hiérarchie n’a pas été « à l’écoute ». Les enseignants dénoncent en chœur l’absence de soutien, la solitude, parfois même des discours culpabilisants à leur encontre.

Il y a ce professeur d’écogestion de Tarbes (tous les enseignants contactés ont souhaité garder l’anonymat), qui, au début de l’année scolaire 2017, se retrouve front contre front avec un élève de seconde. « Je vais te casser la gueule », menace l’élève. L’enseignant l’envoie chez le CPE, qui lui dira, un peu plus tard, « vous avez peut-être dit quelque chose qui l’a énervé ». Après avoir menacé de porter plainte contre l’établissement, il obtiendra une exclusion de trois jours du lycéen.

A Châteauroux, un autre enseignant se souvient de sa première expérience en lycée professionnel, il y a une dizaine d’années. Dans le reflet d’une vitre, il voit derrière lui un élève lever une clé plate, prêt à frapper. « On m’a demandé d’arrêter d’en faire un fromage. Mais j’y repense chaque année depuis », soupire-t-il. Dans un quartier sensible de Vaulx-en-Velin (Rhône), en décembre 2017, un père d’élève s’introduit par ruse dans un lycée pour en découdre avec l’enseignant de sa fille. Par chance, un autre adulte s’interpose. Après un rapport d’incident resté sans suite, le professeur contacte son inspecteur d’académie : il lui sera reproché d’avoir « outrepassé » sa hiérarchie directe, le proviseur.

Ces quelques témoignages et bien d’autres accablent la hiérarchie des établissements, qui semble souvent vouloir « minimiser » les événements et faire culpabiliser les enseignants. Mais à entendre les proviseurs, aucune situation ne saurait être si simple : si le conseil de discipline est systématique dans les cas de violence physique, le spectre des violences verbales (insultes et menace) est beaucoup plus nébuleux, voire difficile à caractériser. Selon diverses enquêtes de victimation, la violence envers les enseignants est en effet verbale avant tout. Elle représente huit faits graves sur dix commis par des élèves envers le personnel.

Décalage

« L’enseignant exige une sanction, et c’est compréhensible », explique Pierre Fournier, principal de collège à Bédarieux, près de Montpellier, et secrétaire académique du Syndicat national des personnels de direction (SNPDEN). « Mais nous sommes obligés d’appliquer les règles du droit, et la première d’entre elles est le respect du contradictoire. » D’où la nécessité de confronter l’enseignant à la version de l’élève, parfois à celle des parents… avec la sensation désagréable de devoir se justifier.

Dans son établissement, Pierre Fournier a tenu douze conseils de discipline sur l’année scolaire 2017-2018, dont 50 % se sont terminées par des exclusions définitives. « Il faut à chaque fois se demander ce que cela va entraîner », explique-t-il. Ce gamin que j’exclus doit-il être considéré comme définitivement perdu pour la nation ? Ce n’est pas ma vision du service public. » Sans compter ces enfants « plusieurs fois exclus » qui errent d’un établissement à un autre pendant une partie de leur scolarité. « En Seine-Saint-Denis, on estime qu’ils sont environ 200 », note Bruno Bobkiewicz, proviseur du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis et secrétaire national du SNPDEN.

Selon lui, le décalage entre les chefs d’établissement et les enseignants victimes de violence a de nombreuses origines, mais pas toujours celles qu’on lui prête : il n’existe pas, contrairement à ce que croient savoir certains, de « prime » indexée sur le faible nombre de conseils de discipline. Mais le chef d’établissement est le seul maître des sanctions, et il arrive qu’il ne prenne pas la décision souhaitée par l’enseignant. « On ne peut pas donner d’un côté une heure de colle et de l’autre convoquer un conseil de discipline pour des faits similaires, on est dans une vision plus globale de l’établissement », explique Bruno Bobkiewicz. Il est vrai, cependant, que le nombre de conseils de discipline a longtemps fait partie des critères d’évaluation et de pilotage par les rectorats, ce qui a pu « générer une culture de la minimisation des faits », concède le proviseur.

Comme l’a rappelé Jean-Michel Blanquer, jeudi 25 octobre, dans un entretien à l’AFP, les conseils de discipline sont de nouveau encouragés à chaque fois qu’ils sont nécessaires. L’écho de la vidéo de Créteil a d’ailleurs poussé certains à revoir leurs décisions : un proviseur du Havre, qui avait exigé des mots d’excuses de quatre lycéens ayant braqué deux professeurs avec des armes factices le 4 octobre, a finalement déposé plainte le 22 octobre, selon Le Parisien. Les adolescents devaient être présentés à la justice vendredi matin.

Mais là encore, les dissensions entre équipes pédagogiques et chefs d’établissement soulevées par le hashtag pasdevague pour réels et préoccupants qu’ils soient, ne sont pas corroborées à grande échelle : selon les réponses à un questionnaire de la DEPP, du Ceraps université de Lille et de la FSU publiée fin août, 54 % des enseignants qualifient « de manière positive » leurs échanges avec l’équipe de direction, et une petite minorité (4 %) se dit « en conflit » avec elle. Sans doute faut-il alors lire autre chose derrière la vague de protestation des enseignants : une lassitude générale devant des conditions d’exercice toujours plus difficiles ? « On ne pourra pas accepter éternellement ce gâchis », promet l’enseignant de Vaux-en-Velin.

Abdourahmane

Posté par Abdourahmane

Je suis Diplômé en Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique, Spécialiste en économie urbaine en même tant Reporter et Éditeur au Journal Universitaire. Je suis également un passionné des TIC.

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