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Bourses des étudiants : pourquoi faut-il toujours attendre des situations extrêmes pour payer ?

La mort est inéluctable et lorsqu’elle survient, elle entraîne toujours de l’émoi et de la tristesse. Dans certaines circonstances, elle provoque tout simplement de l’indignation. Mais au-delà de tous les sentiments, il est utile de réfléchir et de se dire résolument « plus jamais ça ! ».

Qu’il s’agisse de Balla Gaye (janvier 2001), de Bassirou Faye (août 2014) ou encore du jeune Mouhamadou Fallou Sène qui s’ajoute désormais, en cette soirée du 15 mai 2018, à cette liste macabre, le constat reste le même : ils sont tous morts dans des combats d’étudiants dont le seul tort aura été de vouloir de meilleures conditions d’existence au sein de leurs campus. C’est inacceptable !

Pourquoi faut-il toujours que les étudiants en arrivent à la révolte pour accéder à leurs allocations d’étude ?

Les remous et altercations qui secouent l’université sont tellement abondants qu’il paraît superflu d’en rajouter. Des réformes contestées du secteur de l’enseignement supérieur aux bras de fer entre le ministère et les organisations syndicales, il y a suffisamment de raisons pour se garder de créer davantage de conflits entre les acteurs. Nul ne sort indemne ou ragaillardi des tensions en milieu universitaire. Au contraire, c’est l’image de toute une grande famille qui se retrouve malmenée, rabougrie et ternie. Le chapelet des critiques adressées par la société à l’université est d’ailleurs très long. Si ce n’est le ministère qui joue au gros dur, ce sont les enseignants eux-mêmes qui luttent pour des indemnités dues, ou encore les étudiants qui réclament leurs miettes qu’ils appellent joyeusement « bourses ».

Nous avons bien voulu croire à la déclaration de Monsieur le Ministre Mary Teuw Niane qui disait que « l’enseignement supérieur n’est plus malade ». Récemment, l’UVS a fêté la promotion de plus 400 jeunes diplômés alors que très peu d’observateurs avaient cru à ce projet dans le contexte sénégalais jugé inapproprié. Les chantiers engagés par les autorités nationales font sortir de terre des bâtiments dotés d’équipements d’enseignement, de recherche et d’expérimentations techniques et scientifiques de haute facture. Le site web du ministère ne manque d’ailleurs pas de les exhiber aux visiteurs, y compris à ceux qui ne voudraient même pas en entendre parler. Compte tenu de ces dynamiques, se donner les moyens de casser les acquis et de revenir en arrière est forcément une aberration.

Les étudiants sont doués d’intelligence et ils auraient parfaitement compris que l’on retarde à volonté le paiement de leurs bourses s’il était avéré que ce pays ne dispose pas de moyens nécessaires pour procéder à la distribution de ces allocations à temps. Mais le problème est que nul n’ose affirmer de telles absurdités. En effet, qui peut se livrer à ces duperies en faisant fi des excès d’un pouvoir et de ses coalisés qui mobilisent les ressources du peuple pour des rassemblements et des perfusions politiques éminemment partisanes ? En quoi le statut de politicien est-il plus méritant dans ce pays que celui d’enseignant, de chercheur, d’étudiant, de médecin, d’ingénieur, d’ouvrier, d’agriculteur, de pêcheur, d’artisan, d’artiste et autres ? Qu’est-ce qui motive les uns et les autres à s’engager en politique et à emprunter des raccourcis, quitte à vendre leur âme au pouvoir ? Qu’est-ce qui fait que même le primo-entrant en politique roule en véhicules de type 4×4 full-options et insolents, alors que des enseignants chevronnés sont obligés de prendre des charrettes calamiteuses pour aller faire des photocopies pour leurs élèves ? La liste du questionnement s’allonge sans cesse et nous ne souhaitons pas nous disperser.

S’il est vrai que le gouvernement croit à sa jeunesse, il urge d’arrêter de fragiliser et de brimer les étudiants. Il urge également de renoncer à leur faire croire qu’ils ne sont bons à rien, qu’ils sont une charge négative et que la bourse est juste une aumône à leur jeter presque toujours douloureusement.

A défaut de pouvoir procéder à cette mise à jour de la considération à donner à nos étudiants, il faudra hélas procéder à des choix courageux, pouvant consister parfois à tout arrêter et à reprendre sur de nouvelles bases. Mais dans un pays où l’on cherche chaque année à sauver l’année, sans jamais songer à sauver l’école et l’université elles-mêmes de façon définitive, je ne préfère même pas y penser. Je dirai quand même paix à l’âme de tous ces jeunes qui ont été forcés de nous quitter brutalement, à la fleur de l’âge.

Dr. Ibrahima Sylla,

Enseignement Chercheur,

Département de Géographie (UCAD)

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